La chasse à la Une

Le dernier café-philo de l’année 2012 a traité du sujet complexe des relations entre la et les médias. Etaient invités pour en parler, Cyril Hofstein, journaliste au Figaro magazine, et Claude Cholet, président-fondateur de l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique (OJIM).

 

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Que faire face à une presse généraliste et des médias qui, dans leur ensemble, sont  plutôt défavorables à la  ? Aujourd’hui, alors que le chasseur se sent d’abord et avant tout un conservateur de la faune et de ses habitats, les médias n’entendent pas son message, obnubilés qu’ils sont par les nouveaux dogmes d’une société urbanisée, coupée de ses racines rurales, où la n’est plus admise, où l’ est en passe de devenir une personne. Le seul moment où les médias évoquent la , c’est pour relater les accidents où et arme, deux tabous de la société française, sont étroitement liées.

Une presse urbaine et de gauche

Pour Claude Cholet, une des raisons de ce désamour vient de cette nouvelle génération de journalistes, essentiellement urbaine, n’ayant plus de contact avec la campagne et ayant  perdu toutes références cynégétiques. « La presse généraliste vit une césure complète avec la chasse depuis 30 ans. La génération actuelle n’a jamais vécu l’acte de chasse et a été élevée à la sauce naturaliste et écologiste, version anglo-saxonne, militant pour un bien-être à l’opposée de nos convictions et qui, à l’époque, monopolisait les médias ». Et Cyril Hofstein de renchérir : « Aujourd’hui, ces idées font que les médias fantasment la nature, qu’ils ne sont plus capables de comprendre le sentiment étrange de joie et de tristesse que vit le chasseur quand il traque et tue un . La chasse est face à une génération de journalistes pour laquelle la chasse est une chose abstraite donc injustifiable ». Claude Cholet insiste sur la notion d’endogamie. « Puisque les journalistes fréquentent les mêmes milieux, les mêmes organes de pouvoir et d’influence, on se retrouve devant une notion chère au sociologue Pierre Bourdieu, celle d’ « habitus », de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. Or, chasser, ça ne se fait pas. La , non plus. Et tous les medias reproduisent le même modèle.

L’arbre qui cache la forêt

La chasse est aussi en butte à un autre problème : celui de la forêt. C’est un endroit libre, à partager, emprunt de mystères, un lieu où les bandits et les rebelles trouvaient refuge mais aussi un endroit privé, source de privilèges car attaché à la royauté. Or,  cette notion de partage de la forêt est aussi au cœur de la vision médiatique du chasseur. Il y a là de l’envie, mal français par excellence. Pourquoi les chasseurs ont-ils le droit d’aller en forêt le dimanche et pas moi, même je n’y vais pas ? Comment se fait-il qu’ils puissent jouir impunément de cet univers fantasmé par nous, les urbains ? La chasse est donc perçue par nos détracteurs comme un autre monde, un monde plus libre car fréquentant la nature et le , qui suscite de la jalousie mais aussi de la réprobation (ils tuent cette nature fantasmée). Rappelons tout de même que, de tous les usagers de la nature, les chasseurs sont les seuls à payer pour y avoir accès !

Le sanglier fait l’actu

Un tableau bien noir en vérité. Mais voilà, grâce au sanglier, les chasseurs ont une « fenêtre de tir » dans les médias. Les relations entre la presse et la chasse sont sauvées par le Sus scrofa, se réjouit Cyril Hofstein. Sa prolifération a changé la donne. Elle vient apporter la justification dont nous rêvions tous, celle d’une chasse gestionnaire, d’une nécessaire régulation. Même si la gestion est peu compatible avec la passion, ce discours change tout. Le Monde, le Figaro Magazine, le Parisien et nombre de journaux régionaux se sont emparés du sujet. La chasse devient une nécessité. Certes, on butera toujours sur la notion de plaisir -comment peut-on avoir plaisir à tuer un  ?-  mais cette incompréhension suscite une interrogation qui va dans le bon sens. Qui sont ces gens qui prennent plaisir à tuer ? ». Pour le journaliste du Figaro, la chasse a là une chance unique de reconstruire le dialogue avec les journalistes, curieux par essence, à la manière d’ethnographes découvrant une tribu avec des rites étranges (pourquoi diable mettre une cravate pour aller crapahuter dans les ronces ?), des coutumes, une histoire, une notion d’accueil et de bien vivre proverbiale. Et Cyril Hofstein de conclure avec humour : « Laissons venir ces nouveaux explorateurs dans nos cases, essayons de faire partager la beauté de notre passion, de leur faire vivre une chasse à l’approche « ratée », une chasse à l’arc, cet étrange rapport à l’ qui nous unit et nous fait vibrer. »

Susciter l’intérêt

Si le sanglier, et à travers lui le message d’une chasse gestionnaire, peuvent conduire les médias à se pencher sur nos us et coutumes, cela ne suffira pas. Pour Claude Cholet, il faut produire. « En créant, on attire la curiosité, insiste t-il. Ce que fait le Saint-Hubert club de France avec ses cafés philos qui permettent à des personnalités étrangères au monde de la chasse de venir débattre. C’est aussi la stratégie de la Maison de la Chasse qui invite des artistes contemporains à travailler autour de l’univers cynégétique ». Une que de nombreuses fédérations de chasseurs commencent à intégrer en faisant preuve d’imagination (Indre, Marne, Haute-Marne, Pas-de-Calais, Gironde…). Les fêtes de la chasse et de la nature font désormais place à des événements plus ciblés.

La toile, nouveau terrain de chasse

L’autre problème abordé au cours de ce café-philo a été celui d’internet dont les outils sont parfaitement maîtrisés par nos détracteurs. A la moindre occasion (généralement, un accident de chasse), sites et blogs anti-chasse lancent des alertes dans la presse quotidienne, appellent à des pétitions pour faire interdire la chasse le dimanche. Désormais, le monde cynégétique sait y faire face et les sites institutionnels (FNC, FDC, associations spécialisées) allument des contre-feux relayés par les blogs de chasseurs. Cyril Hofstein a une autre ambition pour la chasse et la presse, ses deux passions : celle de voir un jour émerger en France une nouvelle écriture de la chasse à l’image du « naturewriting » américain. Il existe, outre-Atlantique, un vrai courant littéraire dédié à la nature où pêcheurs, chasseurs et naturalistes décrivent à longueur de pages la beauté de la nature, leurs rencontres avec les animaux, leurs traques et leurs quêtes, un genre que l’on retrouve aussi dans la presse. « En France, estime t-il, nous n’avons pas cette génération d’écrivains du Montana portée par des auteurs tels Jim Harrison et Thomas Mc Guane. Si nous avons de nombreux artistes animaliers, nous manquons cruellement d’artistes de plume et c’est là, sans doute, le plus grand et le plus beau chantier de réappropriation de la chasse par l’intelligentsia ».

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Revue n°107 : Loup y es-tu ?

Ce numéro de la revue “Le Saint-Hubert” est consacré à l’expansion de l’espèce Loup en France. Nouveau plan loup du gouvernement, projet Medialoup de la FNC, interview de Bernard Baudin, étude de la FDC de la Drôme, impact du loup sur la faune sauvage…voici quelques uns des thèmes abordés que vous pourrez découvrir dans notre prochaine édition de mai-juin.

La chasse reçue à l’Elysée

Le 29 mai, une délégation de la Fédération Nationale des Chasseurs a été reçue à l’Elysée par le Président de la République, en présence de Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, et de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et de la Forêt.

En préambule, Bernard Baudin a tenu à remercier le Président de la République, son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault,  et ses ministres pour la méthode exemplaire de dialogue et de concertation qui a été mise en place depuis un an et qui donne des résultats positifs.  Pour la première fois, des ministres, en l’occurrence Delphine Batho et Stéphane Le Foll, ont validé, sans la moindre modification, le compromis négocié entre la FNC et les organisations agricoles sur l’indemnisation de dégâts de gibier, tout comme l’accord cadre négocié entre la FNC et l’ONF, afin de mettre un terme aux contentieux sur les schémas départementaux de gestion cynégétique. La FNC en a profité pour saluer le travail exemplaire de concertation qui a été conduit par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avec le Comité Guillaume Tell, pour l’application de la réforme sur les armes et la réactivité de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, qui a répondu favorablement à la proposition de stages alternatifs en cas de petites infractions.

marianePour une vraie représentation

Le Président de la République a répondu clairement à la demande unanime des chasseurs et des pêcheurs d’être membres permanents, et à part entière, de la Conférence environnementale qui se tiendra en septembre. Pour les chasseurs, c’est la fin d’une longue marginalisation qui avait débuté lors du Grenelle de l’Environnement et qui s’était poursuivie dans toutes les instances de gouvernance nature issues du Grenelle. La ministre de l’Ecologie a complété ce choix en confirmant le fait que les chasseurs comme les pêcheurs seraient aussi membres du Conseil National de la Transition Ecologique qui va être mis en place.

Le maintien de l’ONCFS

Bernard Baudin et Henri Sabarot ont obtenu la confirmation par le Président de la République du maintien de l’Office National de la et de la Faune (ONCFS) comme établissement public autonome, dont les missions et les moyens seront assurés hors du champ d’intervention de l’Agence Nationale pour la Biodiversité, en cours de création. Dans le même esprit, François Hollande a donné son accord pour que la FNC signe pour la première fois une convention pluriannuelle avec la ministre de l’Ecologie comme avec celui de l’Agriculture afin d’organiser un partenariat permanent et définir ensemble des priorités d’actions avec les moyens correspondants.

Une vision européenne

François Hollande  a acté le principe d’une réunion avec le ministre des Affaires européennes, Thierry Repentin, et les ministres concernés, pour aborder tous les dossiers européens qui ont un impact direct ou indirect sur la , que l’on parle de la réforme de la PAC, des chasses traditionnelles et de l’ortolan, du loup et de l’ours ou de la directive Armes.  Sur ce point, la FNC a plaidé pour que la diplomatie française se mobilise véritablement au sein de l’Union Européenne et auprès de la Commission européenne pour mieux expliquer la afin que l’on arrête de caricaturer nos pratiques et que l’on tienne enfin compte de notre forte contribution au maintien de la biodiversité ordinaire dans les territoires ruraux.

Reconnaissances des études scientifiques

Le Président de la République a ensuite engagé un dialogue très direct avec les membres de la délégation sur des dates de au gibier d’eau, sur les moratoires, sur l’état des connaissances scientifiques sur les migrateurs, sur les chasses traditionnelles, et notamment de l’ortolan, ainsi que sur les grands prédateurs, tant sur le plan national qu’européen. Le Président de la République a insisté sur le fait qu’il comprenait parfaitement les inquiétudes des chasseurs de gibier d’eau et qu’il était favorable à ce que la transparence soit complète en matière de connaissances scientifiques, avant de prendre des décisions. Il a validé la demande de la FNC d’organiser au plus vite une réunion « gibier d’eau » avec la ministre de l’Ecologie, afin de faire le point sur tous les sujets prioritaires et en particulier sur les moratoires dont la FNC demande la levée, sur la Baie de Seine, où le pragmatisme des chasseurs va conduire à une solution négociée, et sur l’état des études scientifiques concernant les oies et leur en février.

La Bernache du Canada, chassable jusqu’en 2015

Par Arrêté du 26 mars 2013, modifiant l’arrêté du 23 décembre 2011, la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, autorise la de la bernache du Canada (Branta canadensis) jusqu’en 2015

Vu le code de l’environnement, notamment ses articles L. 424-1, L. 424-4, L. 424-5, R. 424-6, R. 424-9 et R. 424-14 ; Vu l’arrêté du 23 décembre 2011 autorisant la de la bernache du Canada (Branta canadensis) jusqu’en 2015 ; Vu l’avis du Conseil national de la et de la faune en date du 14 décembre 2012,

Arrête :

Art. 1er. − L’arrêté du 23 décembre 2011 susvisé est modifié ainsi qu’il suit :

1- L’article 1er est remplacé par les dispositions suivantes :

« Art. 1er. − La bernache du Canada (Branta canadensis) est considérée comme gibier d’eau jusqu’au 31 janvier 2015. Sa est autorisée jusqu’à cette date. »

2- L’article 2 est complété par deux alinéas ainsi rédigés :

« La bernache du Canada peut être chassée à la passée à partir de deux heures avant le lever du soleil et jusqu’à deux heures après son coucher dans les lieux mentionnés à l’article L. 424-6 du code de l’environnement. La bernache du Canada peut être chassée la nuit à partir de postes fixes tels que hutteaux, huttes, tonnes et gabions existants au 1er janvier 2000 dans les départements suivants : Eure, Oise, Orne, Nord, Pas-de-Calais, Charente-Maritime, Ardennes et Seine-et-Marne. »

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Fête Chasse Nature

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Fête Chasse Nature, 1er septembre.

Le château de Montpoupon servira encore une fois de cadre prestigieux à cette fête, organisée par l’équipage Vènerie du Berry, au cours de laquelle les visiteurs côtoieront au plus près l’univers fabuleux de la chasse, des chevaux et des chiens. Réunis au sein d’un même village, divers stands leur permettront de découvrir en toute convivialité des artistes animaliers, de s’initier aux subtilités de la pêche, aux balbutiements de l’utilisation d’une trompe de chasse, aux rudiments du tir à l’arc ou à la carabine, de suivre un concours de trompe de chasse. Dans les communs du château, les visiteurs pourront s’immerger dans la vie quotidienne de l’univers du chenil : élevage des chiots, soins commentés par ceux qui s’en occupent, les piqueux. Le livre blanc de la vènerie sera d’ailleurs à la disposition de ceux qui le souhaitent. Un concert de trompe clôturera la journée à l’occasion de la remise du prix des arts de la vénerie dédié cette année à la musique de chasse.

Prix : 8,50 €, 4,50 € (6 à 15 ans)

Rens. : info@veneriedeberry.com

Philippe Galindo / L’Ile de la lagune

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A Saint-Cyprien, dans le Roussillon, l’hôtel de « L’Ile de la Lagune » a fait peau neuve. Xavier et Alicia Lormand, les propriétaires, ont fait confiance au chef Philippe Galindo pour faire de ce lieu la nouvelle table de la région.

 

Les convives sont arrivés tôt et « l’Almandin » affiche complet. En cuisine, les ordres fusent et la brigade s’active. Pour Philippe Galindo, c’est un moment important. Le dîner de ce soir lance officiellement les Tables d’Honneur, un événement gastronomique mensuel autour d’un menu spécialement élaboré pour l’occasion. À tout juste 45 ans, Philippe Galindo a passé 25 ans en Espagne dont quelques belles années aux côtés du Ferran Adria, charismatique chef du restaurant El Bulli. « J’y ai appris beaucoup et pas seulement les secrets de la cuisine moléculaire. On parle toujours de ça mais Ferran Adria était avant tout un amoureux du bon produit. » A ses côtés, Philippe Galindo découvre les richesses gourmandes du terroir espagnol et l’art de fixer les sauces et les goûts. Il en use sans jamais abuser. « L’idée est de se servir de cette technicité pour apporter un plus dans mes recettes sans avoir à y rajouter physiquement un ingrédient qui n’irait pas par la couleur ou la taille ». L’alternative idéale est donc l’« espuma», cette écume qui peut prendre tous les goûts possibles, flatte l’œil et évite de sentir coupable en dégustant véritablement un foie gras ou une huitre. Parfois, Philippe ne peut donc résister à la tentation en servant en salle une de ses créations à la mode El Bulli. Son espuma de gratin dauphinois est une damnation. Gourmand et gourmet, Philippe Galindo est curieux de tout ce qui se fait ailleurs. En résulte une carte qui fait la part belle à la Méditerranée maritime et terrestre avec, ici et là, divers emprunts au monde dans ce qu’il a de gourmand. Must de Homard, joyau du Japon aux agrumes, nectar de son corail ; Foie gras en voile de miel et cœur de lait palmier (une merveille de douceur) ; Paëlla de pignons de blé, dos de lapin rôti, poivrons verts au grill ; Tataki de boeuf au jus corsé, croqueta de cèpes ; Coquille Saint-Jacques et espuma de fruit de la passion, purée de céleri et œufs de saumon (pour la déferlante gustative) ; Canard de Chaland et son orange virtuelle ; Sardine marinée, fleur d’orange, petits légumes croquants et caviar d’huile d’olive ne sont que quelques unes des recettes à la carte de l’Almandin. La dernière création du chef, résumé de son parcours, de sa technicité, de ses goûts et de son inventivité, est la Truffe virtuelle. Le champignon, présenté façon Rocher Suchard, est en pâte de cacao teintée à l’encre de seiche, intérieur de foie gras frais, et la terre sur laquelle il repose, un sablé trompeur de réalisme. Nul doute qu’avec ce genre de création, Philippe Galindo trouvera rapidement sa clientèle et sa place parmi les étoiles.



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Pratique

Hôtel L’Ile de la lagune : Boulevard de l’Almandin « Les Capellans », 66 750 Saint-Cyprien sud. Tél : 04 68 21 01 02. Fax : 04 68 21 06 28. Site : www.hotel-ile-lagune.com

Hébergement

Tarif par chambre seule et par nuit : chambre supérieure (de 160 à 270 €), chambre de luxe (de 220 à 330 €), suite (de 310 à 440 €), suite prestige : de 350 à 600 €.

Tarif en demi-pension par jour et par personne : chambre supérieure (de 125 à 170 €), chambre de luxe (de142 à 197 €), suite (de 188 à 244€), suite prestige (de 205 à 312 €).

Restaurant gastronomique « L’Almandin » : carte à partir de 22 € pour les entrées, de 30 € pour les plats et de 17 € pour les desserts.  Menu de saison à partir de 49 € hors boisson. Formule simplifiée (grillades, salades…) au restaurant « L’Aquarama », entrée et plats à partir de 18 €. Les Tables d’Honneur, menu thématique, déjeuner et dîner, un week-end  par mois, avec accord mets-vins, à partir de 98 €.

 

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Alexandre Gauthier / La Grenouillère

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L’autre madeleine

Vous avez aimé celle de Proust, vous adorerez celle de Gauthier, celle avec qui s’écrit avec un A, comme Alexandre, jeune chef talentueux qui a fait de la Grenouillère, maison familiale située à la Madelaine-sous-Montreuil, un haut-lieu de la gastronomie française.

Cela fait maintenant sept ans qu’Alexandre Gauthier a repris l’auberge familiale. Après quelques errements, il a enfin trouvé sa voie, affiné son projet et créé un lieu un lieu unique, radical. D’une table classique et de belle tenue, il a créé un univers totalement différent où la modernité et la fougue de la jeunesse tranche avec l’héritage paternel. Alexandre Gauthier revendique une cuisine de terroir, résolument française mais libérée de ses contraintes et de ses aprioris. Face aux produits, il affiche une franchise parfois brutale. « Chaque produit a une vie et des ressources à tous les stades de sa vie. C’est vrai pour les fruits et les légumes mais également pour la viande. Ici, je sers la vachette à 3, voire 5 semaines. J’adore imaginer des recettes avec un même produit travaillé à des stades de maturité différents qui dévoilent alors des goûts et des saveurs insoupçonnés ». Son autre cheval de bataille, la cuisson : « Pour moi, on mange toujours trop cuit et c’est un désastre gustatif. Mais pas seulement. L’intégrité même du produit en est modifié ». Ce chantre de la cuisson courte le prouve avec un de ses plats signatures : le homard-genièvre. Le chef a concocté quelques belles surprises plus classiques. Œufs de caille Algues séchées, Potimaron et Clémentine, Blanc de caille et Crevettes grises, Courge jaune et Coquillages, Huitre chaude au poivre blanc, Haricots beurres rôtis au beurre,  Seiche sang de cochon, Vachette, Maïs sarriette, Cacao cerfeuil… les associations se jouent au millimètre, titillent le palais, sollicitent notre mémoire, éveillent les émotions.

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Des huttes pour chambre

L’idéal, après un tel moment, est de rester dormir sur place. Alexandre Gauthier et l’architecte Patrick Bouchain ont su créer un lieu hors du temps, suspendu entre marais oublié et jardin fantastique. Inspiré des huttes de de la baie de Canche, les deux compères ont dissimulé huit chambres au fond de la propriété mise au naturel par la paysagiste Tiphaine Hameau. Plantes endémiques, fagots, hêtres, bouleaux et saules pleureurs se mêlent et s’entremêlent en un savant désordre, se reflètent dans la grande baie vitrée des chambres. Intérieur en bois brut, lit en contrebas, baignoire dissimulée dans une coffre banquette, poêle à bois, télévision dissimulée dans une toile de jute…tout a été conçu pour créer un rustique confortable, un nouvel antre propice à l’hibernation.

Pratique

La Grenouillère, 62170 La Madelaine-sous-Montreuil. Tél.: 03 21 06 07 22. Mail : contact@lagrenouillere.fr  Site : www.lagrenouillere.fr

Le restaurant : Formule grenouille à 45 euros au déjeuner. Menu dégustation en 8 services à 85 euros (déjeuner et dîner). Menu découverte en 11 services à 110 euros (dîner). Carte de 55 à 85 euros. Ouvert du vendredi au dimanche au déjeuner et tous les soirs pour le diner sauf le mardi. Ouvert 7j/7 en juillet et en août

L’hôtel : 4 chambres dans la longère de 140 à 180 euros la nuit sans le petit-déjeuner. 8 huttes : à partir de 215 euros la nuit (250 le samedi) sans le petit-déjeuner. Le petit-déjeuner (8h à 11h30), est à partir de 21 euros.

 

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Jean-Baptiste Natali / Hostellerie de la Montagne

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Plus jeune chef étoilé en 2002, Jean-Baptiste Natali a décidé de rester dans son village de Colombey-les-Deux-églises, en Haute-Marne, pour exercer son art et tenter la passe de deux.

 

Derrière le mur en pierres sèches qui délimite l’Hostellerie La Montagne du village de Colombey se cache le royaume de Jean-Baptiste Natali. La belle bâtisse principale abrite la cuisine, les salles à manger et la suite. Dispersées dans le vaste jardin, les dépendances ont été transformées en chambres, huit au total, qui pour la plupart ouvrent en grand sur un terrain d’un hectare planté d’arbres fruitiers et les forêts alentours dominées par l’imposante croix de Lorraine élevée en l’honneur du général de Gaulle. Drôle d’idée, à vrai dire, que de venir s’établir ici après avoir fait ses classes chez les plus grands, en France comme à l’étranger. Mais l’histoire de Jean-Baptiste est liée à celle de son père, Gérard, restaurateur à Colombey depuis plusieurs dizaines d’années. Et puis, même si la Haute-Marne semble perdue au bout du monde, elle n’est en fait qu’à deux heures de voiture de Paris par l’autoroute A5. Le fils est donc revenu donner un coup de main au père et le coup de main a tourné au coup de génie. Gérard laisse carte blanche à Jean pour repenser la cuisine familiale. Tournant radical. Imprégné de ses voyages et des expériences glanées chez Christian Willer (La Palme d’Or au Martinez, Cannes), Daniel Boulud ( New-York) ou encore à la Mamounia, à Marrakech, Jean-Baptiste change tout, les produits, les plats, la façon de travailler. C’était en 2001 et il se donnait deux ou trois ans pour réussir ou repartir. La sanction est tombée dès 2002. A 27 ans tout juste, Jean-Baptiste Natali décroche sa première étoile au Michelin.

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Terre cynégétique

En entrée, Saint-Jacques et foie gras marinés, salade d’artichauts aux truffes. Le coquillage est servi cru, intercalé entre le foie maison, une association qui pourrait dérouter mais qui se marie admirablement bien. Il y a bien sûr la texture des deux ingrédients, douceur du foie et croquant de la noix, le tout souligné par les noisettes concassées posées sur le foie et le fenouil qui accompagne la Saint-Jacques. La Langoustine cuite au beurre d’orange, vert de blette, tartare mangue et pomme joue la carte du sucré salé avec ce qu’il faut d’amertume (orange) et d’acidité (pomme verte) pour porter la finesse de la langoustine. Plus osé, le Macaron aux parfums de Bourache, foie gras rôti, chutney de pomme au caramel balsamique et émulsion de roquette. Hormis les parfums de Bourache, réservés aux connaisseurs, chaque ingrédient de cette recette trouve sa place en bouche. Et c’est un plaisir que de deviner le vinaigre balsamique dans les pommes mais aussi le gingembre sous le pigeon, le jus de veau avec l’anguille fumée ou la truffe dans la crème glacée. Et puis, en saison, la est à l’honneur, en particulier le chevreuil que Jean-Baptiste accommode de bien des façons. Alors, évidemment, Jean-Baptiste se sent pousser des ailes et se prend à rêver à une deuxième étoile. « Comme le Général !» dit-il en souriant.

Pratique

Hostellerie La Montagne & Restaurant Natali, 52320 Colombey-Les-Deux-Eglises. Tél. : 03 25 03 51 69. Mail : contact@hostellerielamontagne.com

Site : www.hostellerielamontagne.com

A la carte, plats à partir de 32 euros mais aussi menus à 55 ou 66 euros. Le menu Découverte est à 87 euros

Le prix des chambres varie de 120 à 150 euros.

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Les relations entre l’Homme et les Animaux : zoolâtrie ou codes de conduite

affichecolloquemars2013Le lundi 28 janvier 2013, le Saint-Hubert club de France et ses partenaires ont organisé au Palais du Luxembourg, un colloque centré sur les relations homme – qui, depuis les années 1950, ont considérablement évoluées.

La montée en puissance des mouvements de défense des droits des animaux et des théories qui lui sont proches, telles que le véganisme et l’anti-spécisme, en est l’illustration la plus évidente. Face au développement de ces doctrines, largement relayées par les médias et des réseaux d’influence qui prônent peu ou prou l’effacement de la distinction homme-, et dont les conséquences pour la société pourraient s’avérer « incommensurables », le SHCF a, pour la première fois, réunit des intervenants de tous bords, scientifiques, philosophes, politiques, juristes, responsables des filières viandes et élevage, agriculteurs, naturalistes et chasseurs pour débattre de ce thème, réfléchir aux évolutions souhaitées et aux codes de conduite à privilégier.
Si le numéro 106 (mars-avril 2013) de la revue « Le Saint-Hubert » retranscrira l’essentiel de ces interventions, nous vous proposons dès à présent de réagir sur le site, à poster vos commentaires à la suite des premières questions posées aux intervenants lors du colloque.

 

Questions à Yves Christen, biologiste et écrivain scientifique

Question à Antoine Goetschel, avocat à Zurich, docteur en droit et juriste spécialisé dans le domaine de l’animal en droit et en éthique

Questions Jacques-Gabriel Servière, directeur de recherche à l’INRA/AgroParisTech

Question à Bernard Vallat, directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE)


Questions à Yves Christen, biologiste et écrivain scientifique.

Colloque 28 janvier 2013

«Pourquoi les animaux, même les plus évolués ne créent-ils rien de durable ? »
On ne peut pas affirmer que les animaux ne créent jamais rien de durable. Les termitières constituent des édifices qui peuvent subsister longtemps, même après la disparition de la colonie et, dans bien des contrées d’Afrique, elles sont un élément essentiel du paysage dont elles constituent le point culminant.

On qualifie même de « châteaux d’argile », les spectaculaires nids des termites champignonnistes de la sous-famille des Macroterminitae. Les constructions des castors ne sont pas non plus temporaires.

On découvre aujourd’hui que les nids que fabriquent les chimpanzés dans les arbres sont aménagés et régulièrement réoccupés par ces singes. En outre, il est clair que si des civilisations humaines ont construit des édifices aussi gigantesques que le Parthénon, les gratte-ciels de New York, les cathédrales gothiques ou la Grande Muraille, d’autres sociétés se contentent d’abris temporaires ou très rudimentaires.

De ce point de vue, il n’est pas impossible qu’un extra-terrestre étudiant scientifiquement la terre et ceux qui la peuplent, réponde à cette question en dressant une ligne de partage, non pas entre les hommes et les autres vivants, mais entre certaines cultures humaines et tout le reste.

Ceci dit, si une différence absolue reste difficile à établir, il ne s’agit pas de contester qu’on ne trouve dans le règne vivant aucune construction gigantesque ou artistiquement spectaculaire capable de rivaliser avec le château de Chambord ou le Temple de Delphes.
Contester l’existence d’une différence ontologique entre l’homme et les animaux non-humains ne doit pas conduire à la négation du génie des grands créateurs membres de notre espèce.
Il existe, en outre, dans l’espèce humaine, une propension à entretenir avec l’Histoire un rapport singulier. Les animaux non-humains ont leur propre histoire mais sans doute ne se la racontent-ils pas.

La propension humaine à l’historicité favorise l’édification de créations durables. S’il fallait à tout prix mettre le doigt sur une différence entre eux et nous, c’est celle-là que je choisirais (on peut lire à ce sujet mon livre : « L’ est-il un philosophe », Odile Jacob, 2013).

« Ne pourrait-on finalement penser que ce qui différencie l’Homme de l’Animal est le pouvoir ? Et que c’est ce pouvoir qui entraîne responsabilités, droits et devoirs appliqués à soi et aux autres, y compris les animaux. »

L’espèce humaine est incontestablement une grande conquérante. Elle s’est répandue sur la quasi-totalité de la planète habitable.
Son pouvoir sur le reste du monde vivant est incontestable. Mais, sur ce terrain aussi, l’idée d’une différence irréductible se heurte à de nombreux faits : plusieurs espèces de fourmis comprennent bien plus de représentants que l’espèce humaine. Au Japon, une seule colonie de fourmis s’est avérée contenir pas moins de 306 millions d’ouvrières et 1,08 millions de reines ! On estime que 30% de la biomasse des forêts brésiliennes est constituée par les fourmis et les termites.

Où l’on voit que, même si on évalue la situation au poids (et il faut beaucoup de fourmis pour représenter l’équivalent du poids d’un humain !) la domination humaine est moins évidente qu’on ne le pense habituellement.

Ceci dit, il est remarquable que bien des espèces qui prolifèrent aujourd’hui sont des accompagnatrices de l’homme (rats, pigeons, moineaux, cafards, etc.).

L’expansion de l’espèce humaine est un fait ; elle résulte d’une aptitude intellectuelle et créatrice évidente mais aussi d’une agressivité souvent poussée à l’extrême. Ces caractéristiques toutefois existent aussi, à des degrés divers, dans les autres espèces animales.

Une fois encore, l’étude objective des faits ne doit conduire ni à banaliser l’espèce humaine ni à lui accorder un privilège ontologique.

Il est vrai que la suprématie humaine devrait inviter à une prise de responsabilité dont on espère qu’elle se concrétisera dans les faits. Une conduite totalement irresponsable ne peut aboutir qu’à des catastrophes et il est clair que l’évolution démographique constitue sans doute le plus grand péril auquel la planète devra faire face.

S’agissant de la survie des autres espèces, elle dépend également de cette prise de conscience car il n’est guère envisageable de laisser les animaux se débrouiller tout seuls : ils seraient immanquablement tués par les trafiquants ou par les miséreux.

Il y a donc bien lieu de compenser notre super pouvoir par une conduite responsable. Alors qu’une proportion significative d’humains en a pris conscience, il est impossible de prédire si cela sera suffisant pour faire face aux défis que la nature doit –et surtout devra bientôt- affronter.

 

 

Colloque 28 janvier 2013

Question à Antoine Goetschel, avocat à Zurich, docteur en droit et juriste spécialisé dans le domaine de l’animal en droit et en éthique.
« Quelles sont concrètement les droits acquis par les animaux en Suisse par rapport à la France et au reste de l’Europe ?

Ces droits ont-ils fait baisser les cas de maltraitance ? Peut-on craindre aussi quelques dérives zoolâtres (héritage…) ? »

Les animaux, en Suisse comme dans le reste du monde, n’ont pas de droits. En revanche, la Constitution helvétique a reconnue l’intégrité de l’animal et sa protection. Ainsi, toute personne désirant détenir, par exemple, des animaux sauvages devra toujours commencer par obtenir une autorisation du service vétérinaire cantonal.

Il existe des exceptions à cela : les particuliers n’ont pas besoin d’autorisation pour certaines espèces animales, comme les petits rongeurs (cochons d’Inde, hamsters doré, souris, rats), les perruches ondulées, différents reptiles et amphibiens, de même que les poissons d’aquarium courants.

Les personnes qui détiennent des animaux sauvages soumis à autorisation doivent avoir une formation de gardiens d’animaux. Une formation spécifique à l’espèce animale suffit toutefois pour les personnes qui ne détiennent qu’un groupe d’animaux.

Suivant l’espèce, une formation de base (attestation de compétences) peut suffire pour les particuliers. Les détenteurs d’animaux devront s’être formés d’ici fin 2013 au plus tard.

Pour les animaux sauvages pour lesquels une autorisation de détention ou une formation n’est pas nécessaire, leurs propriétaires doivent connaître les besoins propres à l’espèce.

Un site internet pour mieux connaître son animal de compagnie
Les exigences relatives à la détention de certaines espèces animales sont mentionnées dans l’annexe 2 de l’Ordonnance sur la protection des animaux. Le site « Mon animal, j’en prends soin ! » (www.monanimaljenprendssoin.ch) renseigne déjà sur le cochon d’Inde. Les nouvelles dimensions des cages et enclos seront applicables dès 2018.

En ce qui concerne les cochons d’Inde, selon les nouvelles prescriptions, il leur faut un enclos d’au moins un demi-mètre carré pour deux ; le cochon d’Inde étant un animal social, il ne doit pas être détenu tout seul. Dans cet enclos, les animaux ont besoin d’un box pour dormir, d’objets à ronger, de fourrage grossier (tel du foin) et d’aliments contenant de la vitamine C (fruits).

Ils doivent aussi pouvoir grimper. Cette nouvelle législation n’a pas pour le moment fait baisser les cas de maltraitance. Au contraire. Depuis que les délits sur les animaux sont pris au sérieux, les cas de maltraitance sont plus souvent dénoncés.

A terme, ces chiffres baisseront, une grande partie des détenteurs se mettant en conformité avec les nouvelles lois.
Les animaux, une catégorie juridique à part
En 2002, l’initiative parlementaire intitulée «Les animaux dans l’ordre juridique suisse » a permis de modifier le droit suisse.

Les animaux ne sont plus désormais considérés dans la législation fédérale comme des choses, mais comme une catégorie à part.

Ce respect nouveau porté à l’animal trouve sa traduction dans un nouvel article (641a du code civil), qui prévoit qu’un animal ne pourra plus désormais être traité comme une chose que dans la mesure où il n’existe aucune disposition contraire.

Il est proposé un certain nombre de modifications du code civil touchant le droit successoral (art. 482 CC), le droit relatif aux choses trouvées (art. 720a CC), l’acquisition de la propriété et la possession d’un animal (art. 722, 728 et 934 CC), l’attribution judiciaire de la propriété ou de la possession d’un animal (art. 651a CC), ainsi que deux dispositions du code des obligations prévoyant, l’une, réparation pour les frais de traitement d’un animal blessé (art. 42 CO), et l’autre, la prise en compte de la valeur affective de l’animal lors de la fixation du dommage (art. 43CO).

Il est aussi prévu de modifier la liste des définitions légales dans le code pénal de manière à faire apparaître une distinction juridique entre l’animal et la chose (art. 110 CP). Enfin, il est prévu que les animaux soient insaisissables dans certains cas (art. 92 LP).

 

 

Colloque 28 janvier 2013

Questions Jacques-Gabriel Servière, directeur de recherche à l’INRA/AgroParisTech.
« Existe-t-il des alternatives à l’utilisation des primates en recherche et expérimentation ? Pourrait-on, par exemple, envisager l’utilisation d’avatars, d’animaux virtuels ? Enfin, quels sont les champs d’application dans lesquels il reste pertinent d’utiliser des primates ? »

Il est assez difficile de donner des réponses simples et univoques. Les domaines pour lesquels l’utilisation des primates reste incontournable sont tous ceux où nos questions de connaissance portent sur des fonctions spécifiques ou des systèmes de régulation de grandes fonctions.

Globalement, cela concerne toutes les recherches touchant à l’infection, la parasitologie, les neurosciences, le métabolisme et l’auto-immunité. Le recours aux primates concerne également l’efficacité et la sécurité des biothérapies, ainsi que le développement des interfaces cerveau-machine qui ne semble guère pouvoir être étudié autrement que chez les primates.

Il existe bien entendu des avatars pour certaines spécificités et structures de certains animaux (c’est le cas des rats Koken qui permettent l’apprentissage de la gestion vétérinaire de l’hémostase).

En revanche, la modélisation complète de l’organisme d’un primate, avec son histoire personnelle, parait encore lointaine, même si leurs promoteurs avancent que des résultats sont proches car ces annonces relèvent plus de raisons stratégiques de collecte des fonds de recherche.

De plus, de nouvelles voies de travail se sont ouvertes au cours des cinq dernières années.
C’est par exemple le cas de l’épigénétique ; un champ de travaux qui permet d’entrevoir que les 80% du génome, dont on ne connaît pas encore les fonctions, permettront certainement d’aborder les caractéristiques des individus.

Il est difficile d’étudier cela sur des espèces dont les séquences de différentiation sont trop éloignées de l’homme. Il est par exemple impossible de modéliser des gènes en réponse à un stress, et donc l’ensemble des réponses qui pourraient rendre compte du développement de certains traits de personnalité comportementale, si les distances entre l’espèce cible et ses modèles sont trop lointaines, les « vécus » émotionnels et cognitifs trop différents.

N’oublions pas, enfin, que l’histoire des connaissances s’avère souvent cyclique. Nous sommes dans une période qui présente des signes de régression de la raison, de la solidarité et des valeurs humanistes, au bénéfice de croyances et de l’émotionnel.

Gageons qu’il ne s’agisse pas de tendances éternelles et que la raison ré-émergera, ce qui pourrait annoncer qu’à moyen terme, la disparition de toute recherche sur les espèces animales (hors des primates) n’est peut être pas aussi évidente que certains semblent sincèrement le souhaiter.

C’est là sans doute un constat d’impuissance relative qui doit nous interroger sur les conceptions que nous nous forgeons de l’homme et des espèces animales.

 

 

Colloque 28 janvier 2013

Question à Bernard Vallat, directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE)
« En quoi le végétarisme est-il une mauvaise chose pour l’environnement ? La production céréalière actuelle s’avèrera suffisante pour nourrir toute la planète si la part consacrée à nourrir le bétail n’a plus raison d’être.

Ne plus manger de viande permettrait de consacrer ces céréales aux hommes et de libérer de nouvelles terres pour faire pousser d’autres formes de protéines (potentiellement moins polluantes). »

Le végétarisme n’est pas une mauvaise chose pour l’environnement. Néanmoins, le rôle des animaux domestiques et sauvages est essentiel dans les écosystèmes, un rôle qui ne se résument pas à la simple production de protéines animales.

Un nombre de personnes, maintenant minoritaire dans le monde et vivant dans les pays développés, consomme manifestement trop de protéines animales et pourrait réduire raisonnablement leur consommation.

En revanche, des milliards d’individus pauvres manquent cruellement de protéines telles que celles issues du lait ou des œufs et, lorsque ces personnes passent massivement de la pauvreté à la classe moyenne (comme c’est actuellement le cas en Chine ou en Inde), la demande en protéines animales explose. Il sera donc pratiquement impossible de réduire les productions animales au niveau mondial.

Recommandons plutôt de développer la recherche scientifique pour éliminer les effets nocifs de la production animale sur l’environnement. On sait que c’est possible.

L’étude de la vie peut-elle aider à délimiter les frontières entre l’homme et l’animal ?

Cafe philo janvier 2013Dans la lignée du organisé par le SHCF au palais du Luxembourg en janvier 2013, le professeur Jehan-François Desjeux a, lors du café-philo de février, enrichi le débat en mettant le mécanisme même de la vie au cœur des interrogations.

 

La vie est une réaction chimique

La démonstration de Jehan-François Desjeux commence par un rapide historique de la biologie contemporaine. Pour Antoine-Laurent de Lavoisier (1743-1794), la vie est simplement « une réaction chimique ». Au XIXe siècle, l’anglais Charles Darwin (1809-1882) et  le tchèque Grégor Mendel (1822-1884) énoncent, pour le premier, sa théorie de l’évolution où il place l’homme au même niveau que l’orang-outang et, pour le deuxième, les lois de la génétique actuelle. Les expériences et les intuitions de ces hommes fondent une nouvelle science résolument matérialiste et athée qui se pose enfin les bonnes questions. De quoi la vie est-elle faite ? Comment la vie peut-elle fabriquer de la vie ? Comment, à court terme, la vie se reproduit identique à elle-même alors qu’à très long terme, il y a évolution ? Dans cet esprit, Christian de Duve, prix Nobel de médecine en 1974, énonce que « la vie est ce qui est commun à tous les êtres vivants ». Evidemment, cela ressemble à une tautologie mais justement,  cette vie est-elle vraiment  la même entre une pomme, un arbre, un perroquet, un serpent, une feuille de vigne et un homme ? La vie « humaine » est-elle commune à tous les êtres vivants ou bien existe-t-il une frontière qui sépare l’homme de l’animal ?

La vie est une

La vie est faite de cellules qui transmettent la vie en se divisant. C’est là une propriété de la vie à s’organiser et à se multiplier grâce à une utilisation particulière de l’énergie, de l’information et des molécules provenant de l’alimentation (protides, lipides et glucides). Cette machine inouïe qui détruit du vivant pour construire du vivant neuf est commune à tous les êtres vivants, depuis le plus petit virus jusqu’au plus grands des arbres en passant par l’Homme. Elle fonctionne en permanence jusqu’à la mort.

Ballet cellulaire

En revanche, si la vie est une, il faut bien aussi constater l’extrême diversité des espèces vivantes. Alors, toujours pour savoir si l’étude de la vie permet de trouver une frontière entre l’Homme et les animaux, Jehan-François Desjeux retrace brièvement les âges successifs de la vie,- et non des vies-, qui ont abouti à l’espèce humaine en près de quatre milliards d’années. Au début, il y a l’âge de la chimie ou de la matière qui conduit à l’essence même de la vie. Puis vient l’âge de l’information qui introduit la complémentarité entre les molécules. L’âge des premières cellules est marqué par l’autonomie et la transmission de la vie : c’est le ballet de la division cellulaire. L’âge des organismes multicellulaires nous est plus familier. Cet âge est marqué par l’introduction de la reproduction sexuée qui a tellement d’importance pour la diversité. Il est suivi par l’âge des animaux marqué par le développement du cerveau qui devient de plus en plus complexe, à l’image de celui du Cachalot, de l’Eléphant et de l’Homme. Cet âge des animaux est naturellement suivi par l’âge de la pensée. Ce jaillissement  de la conscience aboutit à la transformation rapide d’un primate en être humain. Dans cette histoire du développement de la vie, ces âges sont en continuité les uns avec les autres. Mais à chacune de ces étapes, il y a une particularité qui confère à la descendance un avantage évolutif décisif. Pour comprendre si l’étude de la vie peut aider à comprendre le passage à l’humanité, il faut rechercher la particularité qui a donné à notre espèce, un avantage évolutif décisif.  Il n’y a pas de réponse définitive à cette question fascinante. S’il y a bien sûr la bipédie et l’augmentation de la taille du cerveau, on peut aussi  y ajouter  la pomme d’Adam. Il y a seulement 100 000 ans, un de nos ancêtres est sans doute né avec une modification génétique nouvelle qui a entrainé la descente du larynx à l’intérieur du cou et donné à l’homme la faculté de parler, de communiquer, de l’aider dans sa conquête du monde. Autre théorie, la réceptivité sexuelle des femmes qui, contrairement aux autres espèces animales, devient permanente. Cette modification, propre à notre seule espèce humaine, a eu pour effet de resserrer les liens entre les hommes et les femmes, ainsi que la cohésion au sein de chaque famille ; c’est sans doute un événement clé de l’avènement de l’humanité.

L’aboutissement d’une longue évolution

Pour résumer, il existe bien une vie commune à tous les vivants, y compris l’espèce humaine. Il n’y en a qu’une, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une vie particulière pour les humains. Cependant, toutes les espèces n’atteignent pas les mêmes stades de développement, en particulier les stades de la pensée et de l’évolution culturelle, même si ces stades sont en germe depuis les débuts de la vie et sans doute bien au delà. De plus en plus d’arguments indiquent qu’une forme de pensée, et même de culture, existait avant la spéciation de Homo sapiens sapiens. D’ailleurs, Darwin, grand chasseur devant l’éternel, l’avait bien noté chez les chiens qu’il essayait de sélectionner pour la chasse. C’est vrai qu’une forme d’émotion existe chez les animaux et qu’elle peut être très explicite. On peut même s’étonner que l’information transmise par ces attitudes soit compréhensible par les humains. Il est aussi prouvé que les hormones et les circuits neuronaux impliqués dans les émotions  (peur…) sont conservés au cours de l’évolution chez les mammifères.

Ce que nous dit la biologie aujourd’hui, c’est que l’homme fait partie d’une très longue histoire au bout de laquelle il obtient sa place, son individualité, sa spécificité dans l’histoire de la vie. Homo sapiens sapiens  est bien une espèce à part entière et qui pourrait encore évoluer. Pas de doute, il existe  bien une barrière d’espèce entre l’Homme et toutes les espèces vivantes présentes, passées et, sans doute, futures.

Cafe philo janvier 2013Cafe philo janvier 2013