Benoît Chevron : De l’avenir des fédérations départementales des chasseurs

Qui mieux que Benoît Chevron, chasseur, agriculteur, responsable cynégétique départemental et national, pouvait traiter du sujet : « Les fédérations de chasseurs, pour quoi faire ? »

Oui, bien sûr, il existe des pays sans fédérations et où la chasse fonctionne. Mais, à y regarder de plus près, le tableau est moins attrayant. Dans la plupart de ces pays, la chasse est limitée dans le temps et dans le choix des espèces chassables. En France, les chasseurs peuvent chasser plus, plus longtemps et mieux. La France est enviée pour la diversité de ses modes de chasse et l’importante variété de son gibier. Or, tout cela existe parce que la chasse française est structurée. La Fédération Nationale a gagné cette année tous les recours déposés contre les arrêtés de piégeage. Ce n’est donc pas un hasard s’il existe une telle richesse. Le problème est sans doute un manque de communication, de vulgarisation de la part des fédérations. Par exemple, les habitats agricoles et forestiers ont beaucoup changé. Pour s’adapter à ces nouveaux paysages et maintenir leur capacité d’accueil, les fédérations ont joué un rôle important. Elles se sont aussi beaucoup investies pour être présentes dans les aires protégées, les parcs naturels, Natura 2000…. « En tant que membre du Comité National pour la Protection de la Nature, je fais part de mon expérience. Lorsque les chasseurs sont présents, on ne parle pas de chasse. Dès qu’ils sont  absents, les ONG mettent la chasse sur le tapis ». Il est donc très important d’être présent -et c’est le rôle des salariés et élus de la FNC-  pour éviter que de nombreuses décisions soient prises par des gens qui ne connaissent pas le terrain, « qui ne voient l’écologie que jusqu’au bord du périphérique ». Quand l’Europe demande 400 000 ha de réserves supplémentaires à la France, elle devrait savoir que les chasseurs les ont déjà, et même plus. La chasse française a de l’avance mais ne sait pas communiquer et c’est là son gros défaut.  Ce n’est pas aux chasseurs qu’il faut expliquer la chasse, mais à la société.

Donner une autre image de la chasse

Il ressort des Etats Généraux une volonté farouche de maintenir une chasse populaire. Cela peut paraître évident mais, dans nombre de pays proches (Allemagne, Autriche…), la chasse est élitiste. Si cela devait arriver en France, nous n’aurions plus que 700 000 chasseurs, autant dire que nous serions trop peu nombreux pour influencer les politiques. Notre chasse est aussi scientifique. Par exemple, grâce aux études menées par le Club International des chasseurs de bécassines, nous pouvons encore chasser cet oiseau. C’est aussi une chasse éthique. On ne peut pas faire n’importe quoi. Le sérieux des chasseurs donne une image de la chasse qui va dans le bon sens. La preuve ? Si notre chasse n’avait pas toutes ses qualités et si nous n’étions pas structurés, la règlementation sur les armes serait autrement plus drastique, copiée sur le modèle scandinave. Autre élément important, nos délégations de service public que sont la gestion des dégâts de gibier et la formation au permis de chasser (27 000 par an avec cette année, une augmentation de 8%). Grâce à cela, nous gardons la haute-main sur la gestion des espèces et de nos effectifs.