Chasse et oiseaux migrateurs

CAROUSSEL Oiseaux migrateurs2

Pour son dernier café-philo de l’année, le SHCF recevait Giovanni Bana, Président de la FEIN (Fondazione Europea il Nibbio) et Jacques Trouvilliez, Secrétaire exécutif de l’AEWEA (Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie) afin de faire un point sur les oiseaux migrateurs et la chasse.

POUR Giovanni Bana, président de la Fondation ll Nibbio, en ltalie, la chasse a toute sa place dans la gestion des oiseaux migrateurs. Pour preuve, un livre de famille, datant de 1859, dans lequel a été noté, jour après jour de chasse, le nombre d’oiseaux. En 1915, 3 164 oiseaux étaient au tableau. Un siècle plus tard, en 2015 la Fondation Il Nibbio a bagué  et relâché plus de 5 000 oiseaux sur le même site. « Cela prouve que les oiseaux migrateurs se portent bien et que la chasse ne les a pas exterminés » précise Giovanni Bana. Ce livre permet aussi de constater le changement de comportement de certaines espèces. La présence cette année de grives alors qu’elles devraient être déjà beaucoup plus au sud montre l’influence du temps sur le comportement des migrateurs. Les oiseaux commencent à anticiper le changement climatique.

Pour Jacques Trouvilliez, secrétaire exécutif de l`Accord sur la Conservation des Oiseaux d`eau migrateurs d`Afrique-Eurasie (AEWA), les données recueillies par la Fondation ll Nibbio sont une source précieuse d’enseignements. Elles confirment une constatation qui a présidé à la création de l’AEWA. Les espèces d’oiseaux connaissent de fortes fluctuations de population et, n’en déplaise aux écologistes, la chasse n’est pas toujours la cause principale du déclin.

« Les conventions internationales sur la protection des oiseaux sont nombreuses…. Le constat est que toutes ont une vision étroite de la protection. La Directive de 79 a été rigidifiée par la jurisprudence qui a appliqué le principe de protection complète au premier spécimen d’une espèce et non à l’échelle d’une population comme c’était prévu ».

C’est pour lutter contre cette rigidité que, dans les années 1990, certains passionnés de chasse et d’oiseaux ont lancé l’idée d’un nouveau cadre légal pour mener des actions concertées de conservation et de gestion des oiseaux  migrateurs. Ce sera l’AEWA dont l’objectif est de maintenir dans un état de conservation favorable les populations d’oiseaux d’eau. Cela suppose, par exemple, de lutter contre la destruction des habitats mais aussi contre la pauvreté, la bonne utilisation des ressources naturelles pouvant effectivement endiguer cette dernière. L’AEWA suit 255 espèces et a comme objectif de former les chasseurs et coordonner des plans d’action et de gestion entre les Etats membres. Tous les trois ans, les listes d’espèces sont revues. Et c’est là toute l’originalité de l’AEWA. L’accord est flexible et les listes non figées, l’accord étant fondé sur le principe d’une gestion adaptative. Si une espèce connait des problèmes, l’idée est de ne pas interdire la chasse mais de mettre en place un plan d’action pour identifier les causes du déclin et un plan de gestion pour maintenir la chasse.

En conclusion de leurs interventions, Giovanni Bana et Jacques Trouvilliez déplorent le peu de visibilité du rôle de la chasse dans le maintien de la biodiversité.

« La chasse doit être connue, pas défendue. La France a bien des atouts (position centrale sur les voies de migration, habitats riches et diversifiés, chasse structurée, budgets importants, chasseurs passionnés et nombreux, données existantes), mais peu de ses élus sont présents dans les réunions internationales » conclue Giovanni Bana.

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