François Klein – La croissance démographique du sanglier

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Mercredi 15 octobre 2014 eut lieu le Café-Philo du Saint-Hubert Club de France sur le sanglier. François Klein, Chef de Centre National d’Etude et de Recherche Appliquée sur les Cervidés et le Sanglier de l’ONCFS, a présenté un aperçu des résultats des dernières recherches sur la dynamique des populations en France et en Europe qui a mis en lumière l’étonnante capacité du sanglier à s’adapter à la pression cynégétique. Riche d’enseignements, il devrait permettre aux fédérations, aux gestionnaires et propriétaires d’anticiper l’explosion des populations prévue à l’horizon 2015-2016.
200%, voire 300%. Voici selon certains l’estimation de l’augmentation probable des populations de sangliers l’année prochaine ! La très bonne fructification forestière de cet automne en serait la raison. A moins qu’un hiver rigoureux ne vienne décimer les jeunes marcassins, la situation pourrait devenir explosive. Pour François Klein, ces chiffres sont quelque peu exagérés : « Une augmentation de 100% est plus que probable mais cela suffira pour mettre le contrôle de ces populations hors de portée des chasseurs ».
À partir de travaux d’Éric Baubet, du CNERA Cervidés-Sanglier, François Klein explique pourquoi, selon lui, il faut dès cette saison mettre en place des nouveaux schémas de prélèvements : « Sur le plan démographique, aucun autre ongulé n’est capable de supporter le pression de chasse qui s’exerce sur le sanglier ». La solution logique est de prélever plus. L’option généralement retenue est alors de tirer les femelles adultes, généralement épargnées. Mais l’étude des tableaux de chasse montre que chaque hausse des prélèvements est suivie d’une augmentation des populations l’année suivante. Pourquoi ?
Les travaux d’Éric Baubet ont permis de démontrer que la pression de la chasse modifie le comportement des sangliers. Les femelles n’ayant qu’une ou deux occasions de se reproduire au cours de leur vie, elles commencent plus tôt. Le sanglier est ainsi capable de se reproduire dès que sa masse corporelle atteint le tiers de son poids adulte, soit 30kg. Or, une femelle atteint ce poids dès l’âge de 8 mois ! L’accroissement annuel d’une population est variable mais peut dépasser 200% alors que chez les autres ongulés, il est de généralement de 30% (chevreuil) ou de 20% (cerf). La durée de génération est de 2-3ans alors qu’il devrait être normalement de 6-7 ans. Et François Klein de souligner que décidemment «le sanglier ne répond pas aux canons de la dynamique des populations des autres mammifères ».klein
Quand on prélève des laies adultes, l’effondrement est rapide mais la dynamique de reproduction repart de plus belle car les jeunes femelles, plus nombreuses, reprennent le flambeau. Ce sont elles la vraie force reproductrice d’une population. De plus, lorsque la fructification forestière est bonne, comme cette année, on constate une augmentation du nombre des juvéniles. Les portées ne sont pas plus nombreuses mais les jeunes ont un taux de survie plus important. Les femelles ont en effet la capacité d’adapter le poids des fœtus aux conditions d’environnement. Dans une même portée, il y aura donc des petits fœtus, des moyens et des gros. Si les conditions sont optimales, tous survivront. Si les conditions se dégradent, les gros mourront car ayant besoin d’un apport en nourriture plus important. En revanche, les petits s’en tireront plus facilement.
Autre surprise. En comparant une population chassée (Arc-en-Barrois) à une population non chassée (Italie), Eric Baudet a montré que la date de naissance avait avancé de 12 jours en 10 ans, comme si les femelles avaient compris qu’elles risquaient d’être moins d’être prélevées que les laies non suitées. Enfin, en comparant l’ADN des fœtus à celui des mâles présents sur le territoire, il apparait qu’il peut y a voir six pères différents dans une même portée. En multipliant ses partenaires, la femelle optimise sa reproduction.
Enfin, dernier point qui peut jouer, il faut arrêter de chercher les sangliers dans les fourrés. Il n’y reste que quelques mâles obtus. Cela fait bien longtemps que les femelles ont compris la manœuvre. Elles sont donc là où on ne les attend pas, c’est-à-dire dans les taillis clairs. A cela deux avantages, les femelles survivent mieux et les chasseurs, ne débusquant que quelques animaux, pensent qu’il y a moins de sangliers et arrêtent de prélever !

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