Jean-Pierre Digard : la chasse face aux revendications animalistes

Jean-Pierre Digard, anthropologue, directeur de recherche émérite au CNRS livre ici ses réflexions sur la montée en puissance de la pensée « animaliste » et apporte des éléments de langage pour s’y opposer.

Le constat

Les rapports que les Français entretiennent avec les animaux se sont plus modifiés durant les cinquante dernières décennies qu’au cours des siècles précédents. La place toujours plus grande des « animaux de compagnie », dont le nombre a doublé, passant de 30 millions en 1960 à 60 millions en 2010, a engendré des relations fictives, imaginées et conçues comme un idéal à atteindre par divers courants « animalitaires », c’est-à-dire de gens qui militent pour l’amélioration du sort des animaux.

Une sensibilité animalitaire instrumentalisée

Ses origines remontent aux « Amis des bêtes » de l’an X (1799). Au XIXe siècle, elle s’institutionnalise avec la création de la SPA, en 1845, et l’adoption de la loi Grammont contre les mauvais traitements aux animaux domestiques, en 1850. Un siècle et demi plus tard, la protection animale en France s’incarne dans une nébuleuse complexe de quelques 280 associations. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est une radicalisation qui se manifeste par le glissement progressif de la notion de « protection animale », conçue comme un devoir de compassion de l’homme, à la notion de « droits de l’animal ». Or, cette radicalisation trouve un certain écho auprès des autorités nationales et internationales. Ainsi de l’exigence, lors des « Rencontres Animal et Société » de 2008 au ministère de l’Agriculture, d’inscrire les animaux dans le Code civil dans une catégorie d’« êtres sensibles », intermédiaire entre celle des personnes et celle des biens, avec les conséquences juridiques et économiques que l’on imagine !

Que faire ?

Nous ne devons aucun droit ou protection aux animaux, êtres sensibles ou non, au nom de la compassion ou de je ne sais quelle culpabilité. La seule protection raisonnable des animaux, c’est celle que nous devons à nos descendants, celle, non pas des animaux en tant qu’individus, mais celle des populations animales, espèces naturelles ou races domestiques, dont la disparition entamerait la biodiversité dont dépend notre avenir commun. Alors, à nous de « Bien faire et laisser dire ». J’entends par là : bien faire aux yeux des chasseurs mais aussi des non-chasseurs en aménageant les territoires, en favorisant la biodiversité, en régulant les populations pour diminuer les dégâts et les accidents causés par la faune sauvage, et en communiquant sur toutes ces actions. Faute de pouvoir convaincre les animalistes, nous pouvons et devons en revanche agir sur les pouvoirs et les organismes publics et professionnels pour les inciter à renoncer à suivre cette pensée, démagogique et suicidaire, et les encourager à dire la réalité.