La chasse à la Une

Le dernier café-philo de l’année 2012 a traité du sujet complexe des relations entre la et les médias. Etaient invités pour en parler, Cyril Hofstein, journaliste au Figaro magazine, et Claude Cholet, président-fondateur de l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique (OJIM).

 

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Que faire face à une presse généraliste et des médias qui, dans leur ensemble, sont  plutôt défavorables à la  ? Aujourd’hui, alors que le chasseur se sent d’abord et avant tout un conservateur de la faune et de ses habitats, les médias n’entendent pas son message, obnubilés qu’ils sont par les nouveaux dogmes d’une société urbanisée, coupée de ses racines rurales, où la n’est plus admise, où l’ est en passe de devenir une personne. Le seul moment où les médias évoquent la , c’est pour relater les accidents où et arme, deux tabous de la société française, sont étroitement liées.

Une presse urbaine et de gauche

Pour Claude Cholet, une des raisons de ce désamour vient de cette nouvelle génération de journalistes, essentiellement urbaine, n’ayant plus de contact avec la campagne et ayant  perdu toutes références cynégétiques. « La presse généraliste vit une césure complète avec la chasse depuis 30 ans. La génération actuelle n’a jamais vécu l’acte de chasse et a été élevée à la sauce naturaliste et écologiste, version anglo-saxonne, militant pour un bien-être à l’opposée de nos convictions et qui, à l’époque, monopolisait les médias ». Et Cyril Hofstein de renchérir : « Aujourd’hui, ces idées font que les médias fantasment la nature, qu’ils ne sont plus capables de comprendre le sentiment étrange de joie et de tristesse que vit le chasseur quand il traque et tue un . La chasse est face à une génération de journalistes pour laquelle la chasse est une chose abstraite donc injustifiable ». Claude Cholet insiste sur la notion d’endogamie. « Puisque les journalistes fréquentent les mêmes milieux, les mêmes organes de pouvoir et d’influence, on se retrouve devant une notion chère au sociologue Pierre Bourdieu, celle d’ « habitus », de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas. Or, chasser, ça ne se fait pas. La , non plus. Et tous les medias reproduisent le même modèle.

L’arbre qui cache la forêt

La chasse est aussi en butte à un autre problème : celui de la forêt. C’est un endroit libre, à partager, emprunt de mystères, un lieu où les bandits et les rebelles trouvaient refuge mais aussi un endroit privé, source de privilèges car attaché à la royauté. Or,  cette notion de partage de la forêt est aussi au cœur de la vision médiatique du chasseur. Il y a là de l’envie, mal français par excellence. Pourquoi les chasseurs ont-ils le droit d’aller en forêt le dimanche et pas moi, même je n’y vais pas ? Comment se fait-il qu’ils puissent jouir impunément de cet univers fantasmé par nous, les urbains ? La chasse est donc perçue par nos détracteurs comme un autre monde, un monde plus libre car fréquentant la nature et le , qui suscite de la jalousie mais aussi de la réprobation (ils tuent cette nature fantasmée). Rappelons tout de même que, de tous les usagers de la nature, les chasseurs sont les seuls à payer pour y avoir accès !

Le sanglier fait l’actu

Un tableau bien noir en vérité. Mais voilà, grâce au sanglier, les chasseurs ont une « fenêtre de tir » dans les médias. Les relations entre la presse et la chasse sont sauvées par le Sus scrofa, se réjouit Cyril Hofstein. Sa prolifération a changé la donne. Elle vient apporter la justification dont nous rêvions tous, celle d’une chasse gestionnaire, d’une nécessaire régulation. Même si la gestion est peu compatible avec la passion, ce discours change tout. Le Monde, le Figaro Magazine, le Parisien et nombre de journaux régionaux se sont emparés du sujet. La chasse devient une nécessité. Certes, on butera toujours sur la notion de plaisir -comment peut-on avoir plaisir à tuer un  ?-  mais cette incompréhension suscite une interrogation qui va dans le bon sens. Qui sont ces gens qui prennent plaisir à tuer ? ». Pour le journaliste du Figaro, la chasse a là une chance unique de reconstruire le dialogue avec les journalistes, curieux par essence, à la manière d’ethnographes découvrant une tribu avec des rites étranges (pourquoi diable mettre une cravate pour aller crapahuter dans les ronces ?), des coutumes, une histoire, une notion d’accueil et de bien vivre proverbiale. Et Cyril Hofstein de conclure avec humour : « Laissons venir ces nouveaux explorateurs dans nos cases, essayons de faire partager la beauté de notre passion, de leur faire vivre une chasse à l’approche « ratée », une chasse à l’arc, cet étrange rapport à l’ qui nous unit et nous fait vibrer. »

Susciter l’intérêt

Si le sanglier, et à travers lui le message d’une chasse gestionnaire, peuvent conduire les médias à se pencher sur nos us et coutumes, cela ne suffira pas. Pour Claude Cholet, il faut produire. « En créant, on attire la curiosité, insiste t-il. Ce que fait le Saint-Hubert club de France avec ses cafés philos qui permettent à des personnalités étrangères au monde de la chasse de venir débattre. C’est aussi la stratégie de la Maison de la Chasse qui invite des artistes contemporains à travailler autour de l’univers cynégétique ». Une que de nombreuses fédérations de chasseurs commencent à intégrer en faisant preuve d’imagination (Indre, Marne, Haute-Marne, Pas-de-Calais, Gironde…). Les fêtes de la chasse et de la nature font désormais place à des événements plus ciblés.

La toile, nouveau terrain de chasse

L’autre problème abordé au cours de ce café-philo a été celui d’internet dont les outils sont parfaitement maîtrisés par nos détracteurs. A la moindre occasion (généralement, un accident de chasse), sites et blogs anti-chasse lancent des alertes dans la presse quotidienne, appellent à des pétitions pour faire interdire la chasse le dimanche. Désormais, le monde cynégétique sait y faire face et les sites institutionnels (FNC, FDC, associations spécialisées) allument des contre-feux relayés par les blogs de chasseurs. Cyril Hofstein a une autre ambition pour la chasse et la presse, ses deux passions : celle de voir un jour émerger en France une nouvelle écriture de la chasse à l’image du « naturewriting » américain. Il existe, outre-Atlantique, un vrai courant littéraire dédié à la nature où pêcheurs, chasseurs et naturalistes décrivent à longueur de pages la beauté de la nature, leurs rencontres avec les animaux, leurs traques et leurs quêtes, un genre que l’on retrouve aussi dans la presse. « En France, estime t-il, nous n’avons pas cette génération d’écrivains du Montana portée par des auteurs tels Jim Harrison et Thomas Mc Guane. Si nous avons de nombreux artistes animaliers, nous manquons cruellement d’artistes de plume et c’est là, sans doute, le plus grand et le plus beau chantier de réappropriation de la chasse par l’intelligentsia ».

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