Yves Christen : l’animal est-il une personne ?

Pour ce biologiste, spécialiste en neurosciences  et de la maladie d’Alzeihemer, le doute n’est pas permis : l’animal est bien une personne. Sa démonstration repose sur deux articulations : qu’est-ce qui fait le propre de l’homme et qu’est-ce que la personnalité animale ?

1) Qu’est-ce qui fait la personnalité de l’homme ?

De tous temps, l’homme a toujours mis en avant des spécificités qui lui ont permis de creuser le fossé entre lui et les autres créatures vivantes, les animaux non humains. Ces spécificités sont par exemple l’aptitude à raisonner, à penser, à avoir des émotions (aimer, rire, souffrir), à imiter, à fabriquer et manipuler des outils, à modifier son environnement mais aussi à parler, à se projeter dans le futur et à se mettre mentalement à la place d’autrui (théorie de l’esprit). Or depuis plusieurs décennies, des expériences scientifiques réalisées par des chercheurs essentiellement anglo-saxons, ont mis à mal ces spécificités. Aucun « propre » de l’homme n’a véritablement résisté à l’épreuve des expériences. Cette mise à mal des différences objectives entre l’animal humain et l’animal non humain, ont fait dire à certains que, justement, le propre de l’homme était une différence essentielle non objectivable : l’âme et son corollaire, la religion.  C’est là un point de vue philosophique qui n’entre pas dans le champ de la démonstration scientifique.

2) La personnalisation de l’animal

L’animal est un être singulier : la science a aussi mis en évidence une grande disparité dans les personnalités animales d’un même groupe ou d’une même espèce. Il existe des animaux introvertis, d’autres extravertis, même chez les oiseaux et les lézards. En fait, un animal n’est pas remplaçable par un autre. Chaque animal est un être singulier qui occupe une position très particulière au sein d’un groupe. S’il disparaît,  ce n’est pas une unité de l’espèce qui est en jeu mais un animal singulier. Ainsi translocaliser un animal n’est pas neutre (éléphant par exemple). L’animal doit reconstruire ses relations avec son environnement et les autres animaux. Cela doit interroger le chasseur qui prélève un individu au sein d’un groupe « social » animal.  Alors, pour le chasseur, l’animal est-il un être à part entière ? Le chien oui, moins le gibier. Non pas parce que le chien est utile mais bien parce qu’il échange avec lui. Il le sent plus proche de lui, c’est là son intuition et le chasseur le pare alors d’un statut anthologique. « Il ne lui manque que la parole ». Le chasseur a donc la conscience implicite que son chien est une personne. Envers le gibier, cette ambigüité est encore plus forte. Les animaux sauvages ne sont pas les ennemis du chasseur. On peut même dire que le chasseur tue des « personnes » qu’il aime et respecte. Cette action pourrait se rapprocher d’une forme d’euthanasie même si  l’animal n’a pas d’intérêt personnel à être tué.

L’homme doit avoir la richesse mentale de percevoir la complexité du problème et ne pas nier son questionnement. Il est impossible de rester en dehors des faits prouvés par la science. Cela suppose d’avoir un regard critique sur l’humanisme qui place l’homme au milieu de toute chose, une idéologie qui peut être destructrice pour l’homme. Pour Yves Christen, l’animal est justement celui qui nous fait sentir la réalité de la question de l’altérité, celle de reconnaître  l’autre comme une personne, de percevoir autrui comme autrui.

 

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