Diner-débat du 28 juin 2012

Un accord historique

En juin dernier, le Saint-Hubert club de France organisait, au restaurant Le Divellec, son premier diner-débat autour du thème «  espaces fermés, espaces ouverts, quel avenir pour la chasse durable ? ». L’occasion de mettre en relation deux mythes cynégétiques, l’un fermé, l’autre ouvert : le domaine de Chambord et les Chasses de la Couronne de Belgique.

Ceux qui ont eu le privilège de chasser à Chambord connaissent l’émotion que suscite ce lieu unique, condensé d’histoire, de nature et d’art de la chasse. François 1er, qui voulait surpasser Charles Quint et Henri VIII, a fait construire le château de Chambord qui, depuis, s’inscrit en toile de fond des battues organisées sur le domaine.  Mais, ce mythe cynégétique est un espace clos. Autre mythe cynégétique, situé dans les Ardennes belges, celui de Saint-Hubert, évêque de Liège en 706, qui, au début du XIXe siècle, détrône Saint-Eustache, Saint-Gilles, Saint-Germain l’Auxerrois et Saint-Julien l’Hospitalier, pourtant antérieurs à lui, pour devenir le patron des chasseurs. Sa dépouille fut transportée de Liège dans les Ardennes, dans le petit village d’Andage aujourd’hui Saint-Hubert, où le mythe est toujours vivant grâce aux Chasses de la Couronne de Belgique ; un mythe totalement ouvert, les autorités ayant décidé d’éliminer toute clôture sur le territoire de Saint-Michel Freÿr. Claude Delbeuck, Président du Conseil de Gestion des Chasses de la Couronne et Jean d’Haussonville, Directeur Général du Domaine National de Chambord et Commissaire du Domaine National de Rambouillet ont ainsi exposé, devant un parterre de convives passionnés, les grandes singularités de leurs domaines respectifs.

Comme l’a déclaré Victor Scherrer, Président du Saint-Hubert Club de France, ce dîner-débat marquera d’une pierre blanche l’histoire des relations cynégétiques franco-belges car, outre la présentation de ces deux visions de la chasse, cette rencontre fût suivie de la signature d’un accord de partenariat entre les Chasses de la Couronne de Belgique et le Domaine National de Chambord. L’idée : ouvrir la voie à la constitution d’un réseau de chasses exemplaires qui pourra devenir l’illustration et le promoteur de cette chasse durable du XXIe siècle à laquelle nous aspirons tous. A ce niveau d’exemplarité, l’espace ouvert ou l’espace fermé  n’ont pas lieu de se confronter mais bien de collaborer et de se compléter.

 

Chasse, Usages et Usagers des Territoires Ruraux (Novembre 2011)

Le 3 novembre 2011, le Saint-Hubert  Club de France et ses partenaires (Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage,  Fédération Nationale des Chasseurs, Céréaliers de France, GDF-SUEZ)  ont organisé un premier colloque intitulé « Chasse, Usages et  Usagers des Territoires Ruraux ».

Ce fut l’occasion de rassembler toutes les parties prenantes des territoires ruraux y compris les opposants à la chasse et de construire un véritable exercice de réflexion pour résoudre et prévenir les conflits d’usages qui, ici et là, nuisent aux bonnes relations entre les usagers de nature.

Se réapproprier la ruralité

Diffuses,  les valeurs de la nouvelle ruralité ont éclaté au grand jour lors de ce colloque. Bien différentes des notions de travail et d’usage d’autrefois, elles penchent singulièrement vers le loisir et la quiétude.

Cette évolution des valeurs rurales n’est certes pas nouvelle. Mais, c’est un processus long et discret qui a tranquillement fait son chemin au cours des 30 dernières années. En mettant bout à bout les décisions de justice favorables aux nouveaux arrivants excédés par les nuisances de la vie rurale, les conflits d’usage avec les chasseurs, les agriculteurs et les forestiers provoqués par des promeneurs ou des cueilleurs sans vergogne, le morcellement des espaces ruraux et leur diminution, il apparait nécessaire et urgent de repenser l’organisation de la nature en fonction des usages appropriatifs (propriété privée, forêt, agriculture, chasse…) et des usagers non appropriatifs (promeneurs, cueilleurs, sportifs…). Au sein de cette redéfinition, la faune sauvage, dont fait partie le gibier, doit être considéré comme un bien commun sur lequel, certes, les chasseurs ont un droit privilégié -celui de prélever- mais sur lequel les autres usagers appropriatifs et non appropriatifs ont aussi leur mot à dire. Si les chasseurs, contributeurs bénévoles à la protection de la nature et de la biodiversité, reconnaissent l’existence de droits légitimes des  usagers non appropriatifs (droit de profiter des espaces ruraux, droit de regard sur l’état de la nature), ils estiment que ce partage ne pas se faire par un découpage (pas de jour où la chasse est interdite).

Quelles sont les voies de cette prévention ?

Pour les chasseurs, il s’agit de faire respecter, par les autres usagers, la pratique de leur passion et les contraintes qui y sont inhérentes (chiens, détonation, prélèvement). D’autant que leur pratique est par définition limitée dans le temps. Cela implique pour les uns et pour les autres de développer des approches communes sur des projets, d’apprécier les apports de chacun à leur juste valeur, de créer des outils d’expertise acceptés par tous. Enfin, chaque fois que possible, il convient de privilégier une approche de type contractuel, au plus proche du terrain et portant sur des enjeux concrets. Tout cela existe déjà, il s’agit donc de continuer ce qui a déjà été entrepris. A savoir, pour le chasseur individuel, de s’ouvrir aux pratiques des agriculteurs et des forestiers des territoires sur lequel il chasse, d’entamer le dialogue avec eux, de s’entraîner à parler de la chasse sous l’angle des apports économiques et écologiques, de réfléchir avec sa société ou son association aux besoins en termes de terrains de chasse et aux moyens de les maintenir, d’informer l’usager qui passe lors d’une battue et de participer à toutes les discussions sur le projet pour sa commune. Pour les groupes de chasseurs au sein d’une société, d’une association ou d’une fédération, il est nécessaire de continuer à établir des documents permettant de donner les chiffres de la participation des chasseurs aux services écologiques et économiques, de définir la notion de protection et de nature à l’échelle de leur territoire et de participer aux instances de discussion sur la protection de la nature.

Notre atout, la sociabilité

Il est un atout que les chasseurs, de par leur histoire, leurs traditions et leur enracinement rural, doivent encore et toujours mettre en valeur : la sociabilité. En hiver, dans nombre de villages, les chasseurs sont les seuls à créer du lien, à animer les campagnes. Rendez-vous de chasse, déjeuner, fêtes, la chasse est toujours et doit rester synonyme de convivialité et de partage. En restant maître de cette sociabilité villageoise, la chasse a entre ses mains le meilleur outil de prévention des conflits. En dehors des contrats et des bases chiffrées des revendications, c’est par la connaissance personnelle d’un chasseur que les populations peuvent s’ouvrir à cette activité. Connaître celui ou celle qui tire les coups de feu peut permettre à ces néo-ruraux de se sentir moins menacés et d’être plus en confiance. Alors oui, faire des diners de chasse, partager la venaison, emmener ses voisins assister aux comptages des lièvres ou des perdrix, planter une haie ensemble et aider les enfants à reconnaître les traces des animaux sont des gestes simples qui permettent de mieux se connaître, de s’apprécier et donc de ses respecter.