François Klein – La croissance démographique du sanglier

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Mercredi 15 octobre 2014 eut lieu le Café-Philo du Saint-Hubert Club de France sur le sanglier. François Klein, Chef de Centre National d’Etude et de Recherche Appliquée sur les Cervidés et le Sanglier de l’ONCFS, a présenté un aperçu des résultats des dernières recherches sur la dynamique des populations en France et en Europe qui a mis en lumière l’étonnante capacité du sanglier à s’adapter à la pression cynégétique. Riche d’enseignements, il devrait permettre aux fédérations, aux gestionnaires et propriétaires d’anticiper l’explosion des populations prévue à l’horizon 2015-2016.
200%, voire 300%. Voici selon certains l’estimation de l’augmentation probable des populations de sangliers l’année prochaine ! La très bonne fructification forestière de cet automne en serait la raison. A moins qu’un hiver rigoureux ne vienne décimer les jeunes marcassins, la situation pourrait devenir explosive. Pour François Klein, ces chiffres sont quelque peu exagérés : « Une augmentation de 100% est plus que probable mais cela suffira pour mettre le contrôle de ces populations hors de portée des chasseurs ».
À partir de travaux d’Éric Baubet, du CNERA Cervidés-Sanglier, François Klein explique pourquoi, selon lui, il faut dès cette saison mettre en place des nouveaux schémas de prélèvements : « Sur le plan démographique, aucun autre ongulé n’est capable de supporter le pression de chasse qui s’exerce sur le sanglier ». La solution logique est de prélever plus. L’option généralement retenue est alors de tirer les femelles adultes, généralement épargnées. Mais l’étude des tableaux de chasse montre que chaque hausse des prélèvements est suivie d’une augmentation des populations l’année suivante. Pourquoi ?
Les travaux d’Éric Baubet ont permis de démontrer que la pression de la chasse modifie le comportement des sangliers. Les femelles n’ayant qu’une ou deux occasions de se reproduire au cours de leur vie, elles commencent plus tôt. Le sanglier est ainsi capable de se reproduire dès que sa masse corporelle atteint le tiers de son poids adulte, soit 30kg. Or, une femelle atteint ce poids dès l’âge de 8 mois ! L’accroissement annuel d’une population est variable mais peut dépasser 200% alors que chez les autres ongulés, il est de généralement de 30% (chevreuil) ou de 20% (cerf). La durée de génération est de 2-3ans alors qu’il devrait être normalement de 6-7 ans. Et François Klein de souligner que décidemment «le sanglier ne répond pas aux canons de la dynamique des populations des autres mammifères ».klein
Quand on prélève des laies adultes, l’effondrement est rapide mais la dynamique de reproduction repart de plus belle car les jeunes femelles, plus nombreuses, reprennent le flambeau. Ce sont elles la vraie force reproductrice d’une population. De plus, lorsque la fructification forestière est bonne, comme cette année, on constate une augmentation du nombre des juvéniles. Les portées ne sont pas plus nombreuses mais les jeunes ont un taux de survie plus important. Les femelles ont en effet la capacité d’adapter le poids des fœtus aux conditions d’environnement. Dans une même portée, il y aura donc des petits fœtus, des moyens et des gros. Si les conditions sont optimales, tous survivront. Si les conditions se dégradent, les gros mourront car ayant besoin d’un apport en nourriture plus important. En revanche, les petits s’en tireront plus facilement.
Autre surprise. En comparant une population chassée (Arc-en-Barrois) à une population non chassée (Italie), Eric Baudet a montré que la date de naissance avait avancé de 12 jours en 10 ans, comme si les femelles avaient compris qu’elles risquaient d’être moins d’être prélevées que les laies non suitées. Enfin, en comparant l’ADN des fœtus à celui des mâles présents sur le territoire, il apparait qu’il peut y a voir six pères différents dans une même portée. En multipliant ses partenaires, la femelle optimise sa reproduction.
Enfin, dernier point qui peut jouer, il faut arrêter de chercher les sangliers dans les fourrés. Il n’y reste que quelques mâles obtus. Cela fait bien longtemps que les femelles ont compris la manœuvre. Elles sont donc là où on ne les attend pas, c’est-à-dire dans les taillis clairs. A cela deux avantages, les femelles survivent mieux et les chasseurs, ne débusquant que quelques animaux, pensent qu’il y a moins de sangliers et arrêtent de prélever !

Lisez l’article complet dans la Revue du Saint-Hubert 115

III ème édition des Trophées du Saint-Hubert

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Le mercredi 1er octobre 2014, le Saint-Hubert Club de France organisait au restaurant « Un Dimanche à Paris », la remise des Trophées du Saint-Hubert, un événement qui consacre chaque année des artistes, des scientifiques et des chasseurs pour leur engagement en faveur de la chasse.

Les Lauréats 2014 :

– dans la catégorie Artistique : Gloria Friedmann pour l’ensemble de son oeuvre.

Artiste allemande reconnue dans le milieu de l’art contemporain et vivant en France depuis 1977, Gloria Friedman se voit décerner le Trophée du Saint Hubert artistique 2014 pour l’ensemble de son œuvre mais aussi plus particulièrement son cerf empaillé exposé au Grand Palais sous la thématique « Beauté animale ». Le jury a reconnu dans les interrogations de Gloria Friedman et son travail sur la « forme  juste et inattendue d’une idée »,  une sensibilité qui rejoint bien souvent celle du monde de la chasse dans son rapport à l’animal et à son écosystème.

– dans la catégorie ScientifiqueJean Hars pour l’ensemble de ses travaux.

Depuis 1998, Jean Hars est en poste à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage dans ce qui deviendra l’Unité Sanitaire de la Faune (Direction Etudes et Recherches), et y est chargé de la surveillance et de la gestion des maladies des animaux sauvages transmissibles aux animaux domestiques (et à l’homme pour les zoonoses) … en d’autres termes, évaluation et gestion des risques sanitaires liés à la faune sauvage pour l’élevage. Il a traité de multiples dossiers, dont la peste porcine classique du sanglier, la maladie d’Aujeszky, la brucellose, la trichinellose, la tuberculose et la brucellose des ruminants, la FCO et le virus schmallenberg, l’Influenza aviaire et le virus West Nile.

- dans la catégorie Initiative en faveur de la promotion de la chasse : Guy Harlé d’Ophove, est d’abord un chef d’entreprise, dirigeant une agence de communication. Il est surtout chasseur et Président de la FDC de l’Oise et c’est à ce titre que le Saint Hubert l’honore.

Avec ses 18 000 adhérents la FDC de l’Oise met en œuvre un programme aussi riche que varié pour promouvoir la chasse durable.

Ce programme va des formations techniques à l’éducation de l’environnement, en particulier pour les scolaires, avec une palette d’animations pédagogiques et ludiques autour de la nature. Avec aussi une forte sensibilisations des chasseurs dans leur rôle de « sentinelles sanitaires ». Ajoutons un Schéma de Gestion Cynégétique qui, pour la la période2012-2018 s’est fixé 40 objectifs et 130 actions concrètes, parmi lesquelles des mesures de lutte contre les espèces exotiques envahissantes.

Enfin, pour le grand public, la Fête de la Chasse et de la Nature, qui se tient dans le parc du palais de Compiègne et accueille plus de 30 000 visiteurs et 200 exposants.

II ème édition des Trophées du Saint-Hubert – 2013

A l’occasion de son assemblée générale, le Saint-Hubert Club de France a remis, mercredi 18 septembre 2013, les trophées SAINT-HUBERT à trois lauréats offrant un regard nouveau sur la place de la chasse dans notre société.

C’est au cours du dîner au restaurant « Un Dimanche à Paris », clôturant l’assemblée générale du SHCF, que Victor Scherrer, président du Saint-Hubert club de France, et Alexandre Col, économiste, mécène de l’événement et membre du SHCF, ont décerné ces trophées qui ont pour vocation de récompenser, chaque année, des œuvres francophones apportant une contribution originale et exigeante aux grands débats de société qui influencent le monde de la chasse mais aussi permettant sa promotion et son rayonnement culturel . Pour cette édition, le jury a retenu trois lauréats :

– dans la catégorie littéraire : « Portraits en costume de chasse » de Claude d’Anthenaise, conservateur du Musée de la Chasse et de la Nature, à Paris. Cet ouvrage apporte en effet un éclairage nouveau sur l’évolution de la chasse au fil des siècles, en France et en Europe, à travers l’art du portrait du Moyen-âge à nos jours.

– dans la catégorie artistique : Quentin Garel pour l’ensemble de son œuvre. Son travail de sculpture, en bronze, fer, bois ou porcelaine, se caractérise par la création d’un bestiaire particulier centré sur les crânes, têtes et trophées des animaux du monde.

– dans la catégorie Initiative en faveur de la promotion de la chasse : « Un dimanche à la chasse », une action de découverte d’une vraie journée de chasse envers les non-chasseurs organisée par la FDC du Doubs et reprise au niveau national cette année, en octobre.

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Les LAUREATS

Quentin Garel, têtes et trophées

Garel est diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris (1998) et a été résident de la Casa Velazquez. Né à Paris en 1975, il vit et travaille entre Paris et Douville (Normandie).

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Son travail de sculpture, en bronze, fer, bois ou porcelaine, se caractérise par la création d’un bestiaire, parfois très réaliste, parfois ramené à un état de squelette. Quentin Garel explique : « Depuis quelques années, j’ai développé un travail de sculpture mettant en œuvre des assemblages de bois divers autour du thème du trophée ; coutume orgueilleuse de l’homme que je tente de détourner au profit des animaux de consommation en dénonçant le caractère dérisoire de cette pratique. J’ai prolongé ce thème à travers la fonte de fer qui lui apporte une dimension plus monumentale et qui l’ouvre vers l’extérieur. Une telle pièce peut par exemple utiliser le jardin comme socle donnant ainsi le sentiment qu’il traverse partiellement la surface de la terre, tel le vestige d’un passé émergent ». Depuis la commande en 2009 d’une série de sculptures pour le nouveau jardin des plantes de Lille, Garel a étendu son bestiaire aux animaux de la savane et de la jungle. Les études préparatoires (sculptures et dessins) de ces animaux ont été le sujet de ses expositions récentes (Paris, Rouen, Epinal, Bologne, Milan). Pour autant, Garel n’oublie pas ses premiers centres d’intérêts et poursuit son travail sur le squelette, avec la production de crânes de moutons ou d’orques, ou encore de crânes d’oiseaux (albatros, flamant rose,…), tout en répondant en parallèle à de nouvelles commandes publiques ou privées (Région de Haute-Normandie, Tour Carpe Diem par Aviva à La Défense) et en développant une carrière aux Etats-Unis (New York, Houston). Pour en savoir plus : http://www.galerielj.com/

Claude d’Anthenaise, l’art du portrait de chasse

Claude d’Anthenaise, conservateur de la Maison de la Chasse et de la Nature, a publié un ouvrage magnifique sur  le portrait en costume de chasse dans la peinture du Moyen-âge aux années 1950. Après lecture,  vous ne regarderez plus un tableau de chasse avec les mêmes yeux !

L’évolution du portrait de chasse est intimement liée à celle de la société française. Dès ses débuts, en effet, le portrait de chasse exprime le statut social du modèle plus que le plaisir de la chasse. La chasse étant l’apanage des rois et des puissants, le peintre se doit donc de montrer la noblesse de ce privilège. Pour des raisons d’étiquette, la figure des souverains français n’est associée qu’à la chasse à courre. Vous ne verrez jamais le roi, le fusil à la main, posant à côté de son « tableau de chasse ». Quant aux seigneurs, si la pose ne leur déplaît pas, ils sont vigilants sur la nature du gibier composant le « tableau de chasse » et refusent de partager la toile avec un lapin! Associée au portrait, l’évocation de la chasse est un attribut de la puissance du modèle, de sa maîtrise sur  l’espace sylvestre, ou le monde sauvage. Mais, parce que cette autorité n’aura de cesse d’être remise en cause au fil de siècles, le portrait de chasse devra accumuler les artifices pour garder sa force de conviction aux yeux des spectateurs.couverture roi p31  JB Santerre

Pour en savoir plus, reportez-vous à la revue « Le Saint-Hubert » n°96 (juillet-août 2011)

 

Jean-Maurice Boillon, un Dimanche à la chasse

Le 21 octobre dernier, la FDC du Doubs lançait l’opération « Un dimanche à la chasse ». Son objectif : chasser les idées reçues des non-chasseurs en les invitant à une vraie journée de chasse. Retour sur une initiative qui devient nationale en octobre prochain avec plus de vingt autres fédérations partenaires.

Ce dimanche matin, 225 personnes ont donc revêtu pour la première fois un gilet fluo pour découvrir le quotidien d’un jour de chasse ordinaire avec de vrais tirs, de vrais animaux prélevés. Une prise de risque osée mais qui s’est avérée payante. Dans la tête de ces non chasseurs, les idées reçues, dévoilées à la fin de journée grâce à un questionnaire, se bousculaient. « Buveur », « menteur », « viandard », « vantard », « dangereux »…voilà pour le chasseur. Quant à la pratique de la chasse elle-même, les a-priori étaient de la même veine : désorganisation, manque de sécurité, crainte du coup de fusil, non-respect des animaux, milieu fermé et élitiste, pratique barbare et contre nature… Quelques heures plus tard, à ce même questionnaire, les participants se déclarent majoritairement satisfaits ou très satisfaits de la journée dont ils ont apprécié le contenu, l’organisation, l’accueil et la convivialité. Ce taux de satisfaction baisse légèrement (68%) au sujet de la battue au grand gibier car certains regrettent de ne pas avoir vu de gibier ou d’être restés trop longtemps « au poste » ! En revanche, les participants ont majoritairement demandé à pouvoir continuer de chasser l’après-midi (ce qui n’était pas prévu au départ) et, lorsque cela n’a pas été possible, ont regretté une partie de chasse trop courte ! Enfin, 98% d’entre eux se sont sentis totalement en sécurité lors de la partie de chasse. Dans 71% des cas, cette journée a très bien répondu à leurs attentes. 86% affirment avoir effectivement découvert  l’univers de la chasse et mieux connaître désormais les techniques, les chasseurs, leurs actions et leurs valeurs. 62% disent même avoir changé d’avis sur la chasse à l’issue de cette expérience. Quel bonheur aussi pour les chasseurs d’entendre dire que finalement, la cohabitation chasseurs/non chasseurs est possible et que la pratique de la chasse le dimanche est jugée acceptable. Pour Jean-Maurice Boillon, le nouveau président de la FDC du Doubs, cette campagne de communication a redonné le moral aux troupes. « Les chasseurs sont à nouveau fiers de l’être. Ils ont bien compris qu’en restant eux-mêmes, ils n’étaient pas pour autant montrés du doigt et mis au ban de la société. Ils en ressortent rassurés et grandis. Ce sentiment est fort et constitue le résultat inattendu de cette opération ».

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Pour en savoir plus, reportez-vous à la revue « le Saint-Hubert » n°108 juillet-août 2103

Yves Christen : l’animal est-il une personne ?

Pour ce biologiste, spécialiste en neurosciences  et de la maladie d’Alzeihemer, le doute n’est pas permis : l’animal est bien une personne. Sa démonstration repose sur deux articulations : qu’est-ce qui fait le propre de l’homme et qu’est-ce que la personnalité animale ?

1) Qu’est-ce qui fait la personnalité de l’homme ?

De tous temps, l’homme a toujours mis en avant des spécificités qui lui ont permis de creuser le fossé entre lui et les autres créatures vivantes, les animaux non humains. Ces spécificités sont par exemple l’aptitude à raisonner, à penser, à avoir des émotions (aimer, rire, souffrir), à imiter, à fabriquer et manipuler des outils, à modifier son environnement mais aussi à parler, à se projeter dans le futur et à se mettre mentalement à la place d’autrui (théorie de l’esprit). Or depuis plusieurs décennies, des expériences scientifiques réalisées par des chercheurs essentiellement anglo-saxons, ont mis à mal ces spécificités. Aucun « propre » de l’homme n’a véritablement résisté à l’épreuve des expériences. Cette mise à mal des différences objectives entre l’animal humain et l’animal non humain, ont fait dire à certains que, justement, le propre de l’homme était une différence essentielle non objectivable : l’âme et son corollaire, la religion.  C’est là un point de vue philosophique qui n’entre pas dans le champ de la démonstration scientifique.

2) La personnalisation de l’animal

L’animal est un être singulier : la science a aussi mis en évidence une grande disparité dans les personnalités animales d’un même groupe ou d’une même espèce. Il existe des animaux introvertis, d’autres extravertis, même chez les oiseaux et les lézards. En fait, un animal n’est pas remplaçable par un autre. Chaque animal est un être singulier qui occupe une position très particulière au sein d’un groupe. S’il disparaît,  ce n’est pas une unité de l’espèce qui est en jeu mais un animal singulier. Ainsi translocaliser un animal n’est pas neutre (éléphant par exemple). L’animal doit reconstruire ses relations avec son environnement et les autres animaux. Cela doit interroger le chasseur qui prélève un individu au sein d’un groupe « social » animal.  Alors, pour le chasseur, l’animal est-il un être à part entière ? Le chien oui, moins le gibier. Non pas parce que le chien est utile mais bien parce qu’il échange avec lui. Il le sent plus proche de lui, c’est là son intuition et le chasseur le pare alors d’un statut anthologique. « Il ne lui manque que la parole ». Le chasseur a donc la conscience implicite que son chien est une personne. Envers le gibier, cette ambigüité est encore plus forte. Les animaux sauvages ne sont pas les ennemis du chasseur. On peut même dire que le chasseur tue des « personnes » qu’il aime et respecte. Cette action pourrait se rapprocher d’une forme d’euthanasie même si  l’animal n’a pas d’intérêt personnel à être tué.

L’homme doit avoir la richesse mentale de percevoir la complexité du problème et ne pas nier son questionnement. Il est impossible de rester en dehors des faits prouvés par la science. Cela suppose d’avoir un regard critique sur l’humanisme qui place l’homme au milieu de toute chose, une idéologie qui peut être destructrice pour l’homme. Pour Yves Christen, l’animal est justement celui qui nous fait sentir la réalité de la question de l’altérité, celle de reconnaître  l’autre comme une personne, de percevoir autrui comme autrui.

 

Jean-Pierre Digard : la chasse face aux revendications animalistes

Jean-Pierre Digard, anthropologue, directeur de recherche émérite au CNRS livre ici ses réflexions sur la montée en puissance de la pensée « animaliste » et apporte des éléments de langage pour s’y opposer.

Le constat

Les rapports que les Français entretiennent avec les animaux se sont plus modifiés durant les cinquante dernières décennies qu’au cours des siècles précédents. La place toujours plus grande des « animaux de compagnie », dont le nombre a doublé, passant de 30 millions en 1960 à 60 millions en 2010, a engendré des relations fictives, imaginées et conçues comme un idéal à atteindre par divers courants « animalitaires », c’est-à-dire de gens qui militent pour l’amélioration du sort des animaux.

Une sensibilité animalitaire instrumentalisée

Ses origines remontent aux « Amis des bêtes » de l’an X (1799). Au XIXe siècle, elle s’institutionnalise avec la création de la SPA, en 1845, et l’adoption de la loi Grammont contre les mauvais traitements aux animaux domestiques, en 1850. Un siècle et demi plus tard, la protection animale en France s’incarne dans une nébuleuse complexe de quelques 280 associations. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est une radicalisation qui se manifeste par le glissement progressif de la notion de « protection animale », conçue comme un devoir de compassion de l’homme, à la notion de « droits de l’animal ». Or, cette radicalisation trouve un certain écho auprès des autorités nationales et internationales. Ainsi de l’exigence, lors des « Rencontres Animal et Société » de 2008 au ministère de l’Agriculture, d’inscrire les animaux dans le Code civil dans une catégorie d’« êtres sensibles », intermédiaire entre celle des personnes et celle des biens, avec les conséquences juridiques et économiques que l’on imagine !

Que faire ?

Nous ne devons aucun droit ou protection aux animaux, êtres sensibles ou non, au nom de la compassion ou de je ne sais quelle culpabilité. La seule protection raisonnable des animaux, c’est celle que nous devons à nos descendants, celle, non pas des animaux en tant qu’individus, mais celle des populations animales, espèces naturelles ou races domestiques, dont la disparition entamerait la biodiversité dont dépend notre avenir commun. Alors, à nous de « Bien faire et laisser dire ». J’entends par là : bien faire aux yeux des chasseurs mais aussi des non-chasseurs en aménageant les territoires, en favorisant la biodiversité, en régulant les populations pour diminuer les dégâts et les accidents causés par la faune sauvage, et en communiquant sur toutes ces actions. Faute de pouvoir convaincre les animalistes, nous pouvons et devons en revanche agir sur les pouvoirs et les organismes publics et professionnels pour les inciter à renoncer à suivre cette pensée, démagogique et suicidaire, et les encourager à dire la réalité.

 

Sergio della Bernardina : le chasseur et la frontière entre le domestique et le sauvage

Sergio della Bernardina, professeur d’ethnologie à l’université de Bretagne occidentale aime à étudier la chasse pour mieux comprendre l’évolution de notre société.

Pendant des millénaires, à partir de la domestication des plantes et des animaux, nous avons fait de notre mieux pour nous éloigner de la sauvagerie. Tous les peuples qui n’avaient pas réussi, ou qui n’avaient pas voulu, passer du stade de la chasse-récolte à celui de l’agriculture, étaient considérés comme des peuples arriérés, proches des fauves, dont ils partageaient les espaces et les mœurs. Dans l’histoire de l’Occident, le monde sauvage a été pensé comme un « ailleurs », un « avant », un « point de départ », dont il fallait prendre ses distances.

Puisqu’il a cessé de nous menacer et qu’il demande, au contraire, notre protection, le monde sauvage a changé de statut. Il a perdu son pouvoir contraignant et il est devenu une sorte d’espace théâtral, de scénario, dans lequel nous pouvons projeter toutes sortes de fantaisies.

La ruée vers le sauvage

Il y a juste un siècle, rares étaient ceux qui s’aventuraient dans les bois. Aujourd’hui, on y rencontre un peu de tout (sportifs, éco-touristes, néos-païens…). Chez les citadins, nombreux sont ceux qui saluent avec enthousiasme le retour des prédateurs et, plus largement, la multiplication des espèces sauvages. De plus, une vaste catégorie d’usagers ne prélève pas directement le gibier mais profite des prélèvements des autres. « (…) Les Suisses mangent de plus en plus de sanglier, de cerf ou de chevreuil. Les importations explosent, les animaux d’élevage et surgelés envahissent les rayons (Chasse : la saison de l’arnaque », Sabrine Gilliéron in L’hebdo, mis en ligne le 07.10.2009) ». En Italie, dans les régions où la tradition cynégétique est plus prononcée, la consommation de gibier frôle les 10% de la consommation annuelle de viande. Si les Français, par rapport à leurs voisins suisses ou italiens, semblent encore un peu timides, plusieurs initiatives sont prises pour « normaliser » cet aliment et transformer son image.

La chasse deviendrait-elle tendance ?

Les médias témoignent de ce changement d’orientation : aurait-on imaginé, il y a quinze ans, le dédouanement des trophées pratiqué aujourd’hui par des magazines comme Elle Décoration ou Marie-Claire au nom du vintage et de l’esthétique campagnarde ? « Bien sûr, vous n’irez pas chasser les jolies biches, mais, pour ne pas froisser grand-papa, vous pouvez toujours fixer au mur le trophée qu’il vous a offert. Il s’avère être un parfait porte-clefs ou accroche-accessoires, même pour vos lunettes de soleil. Que les écolos les plus sensibles se rassure, on en trouve désormais en peluche, en osier ou en carton-pâte » (Colombine Blum et Fabrice Guyot, « Déco, un dressing bien inspiré », in Marie-Claire, avril 2011, p. 306). Des journaux engagés, comme Le Monde, publient dans leurs pages – ce qui aurait été impensable il y a encore peu de temps – des articles qui reproduisent sans aucune prise de distance, le discours « ancien régime » présentant la chasse comme un art, un rituel immémorial, une tradition ancestrale. « Le deer-stalking, la chasse à l’approche du cerf, très codifiée, se pratique sur de grands domaines privés du nord de l’Ecosse. Un art cynégétique plutôt discret révélé ici en pleine lumière (Rituels de chasse dans les Highlands, Le Monde Magazine, 1er Janvier 2011) ».

 

Benoît Chevron : De l’avenir des fédérations départementales des chasseurs

Qui mieux que Benoît Chevron, chasseur, agriculteur, responsable cynégétique départemental et national, pouvait traiter du sujet : « Les fédérations de chasseurs, pour quoi faire ? »

Oui, bien sûr, il existe des pays sans fédérations et où la chasse fonctionne. Mais, à y regarder de plus près, le tableau est moins attrayant. Dans la plupart de ces pays, la chasse est limitée dans le temps et dans le choix des espèces chassables. En France, les chasseurs peuvent chasser plus, plus longtemps et mieux. La France est enviée pour la diversité de ses modes de chasse et l’importante variété de son gibier. Or, tout cela existe parce que la chasse française est structurée. La Fédération Nationale a gagné cette année tous les recours déposés contre les arrêtés de piégeage. Ce n’est donc pas un hasard s’il existe une telle richesse. Le problème est sans doute un manque de communication, de vulgarisation de la part des fédérations. Par exemple, les habitats agricoles et forestiers ont beaucoup changé. Pour s’adapter à ces nouveaux paysages et maintenir leur capacité d’accueil, les fédérations ont joué un rôle important. Elles se sont aussi beaucoup investies pour être présentes dans les aires protégées, les parcs naturels, Natura 2000…. « En tant que membre du Comité National pour la Protection de la Nature, je fais part de mon expérience. Lorsque les chasseurs sont présents, on ne parle pas de chasse. Dès qu’ils sont  absents, les ONG mettent la chasse sur le tapis ». Il est donc très important d’être présent -et c’est le rôle des salariés et élus de la FNC-  pour éviter que de nombreuses décisions soient prises par des gens qui ne connaissent pas le terrain, « qui ne voient l’écologie que jusqu’au bord du périphérique ». Quand l’Europe demande 400 000 ha de réserves supplémentaires à la France, elle devrait savoir que les chasseurs les ont déjà, et même plus. La chasse française a de l’avance mais ne sait pas communiquer et c’est là son gros défaut.  Ce n’est pas aux chasseurs qu’il faut expliquer la chasse, mais à la société.

Donner une autre image de la chasse

Il ressort des Etats Généraux une volonté farouche de maintenir une chasse populaire. Cela peut paraître évident mais, dans nombre de pays proches (Allemagne, Autriche…), la chasse est élitiste. Si cela devait arriver en France, nous n’aurions plus que 700 000 chasseurs, autant dire que nous serions trop peu nombreux pour influencer les politiques. Notre chasse est aussi scientifique. Par exemple, grâce aux études menées par le Club International des chasseurs de bécassines, nous pouvons encore chasser cet oiseau. C’est aussi une chasse éthique. On ne peut pas faire n’importe quoi. Le sérieux des chasseurs donne une image de la chasse qui va dans le bon sens. La preuve ? Si notre chasse n’avait pas toutes ses qualités et si nous n’étions pas structurés, la règlementation sur les armes serait autrement plus drastique, copiée sur le modèle scandinave. Autre élément important, nos délégations de service public que sont la gestion des dégâts de gibier et la formation au permis de chasser (27 000 par an avec cette année, une augmentation de 8%). Grâce à cela, nous gardons la haute-main sur la gestion des espèces et de nos effectifs.

 

Chasse et politique

François Patriat, sénateur de la Côte d’Or, et Etienne Blanc, député de l’Ain, confrontent leurs points de vue sur une chasse de gauche ou de droite.

Chasse de droite ?

Pour Etienne Blanc, nul doute, la chasse est bien une idée de droite car elle est synonyme de liberté, de quête individuelle. Avant la Révolution, la chasse est un privilège qui appartient aux seigneurs, l’organisation de la chasse dépend de leur volonté souveraine. Après la fameuse nuit du 4 août, la chasse devient populaire et démocratique et le gibier « res nullius ». On peut donc parler d’une chasse de droite pendant l’Ancien Régime et d’une chasse de gauche à partir du nouveau régime. Ceux qui chassent sur leur propriété et territoire seraient plutôt de droite. A l’inverse, ceux qui chassent sur autrui (ACCA, chasse banale) seraient plutôt de gauche. Sur l’aspect philosophique lié à la mort de l’animal, il y a un vrai clivage gauche/droite. Pour les défenseurs de la « deep ecology », il n’y a pas de différence entre l’homme et l’animal. Il faut supprimer toutes distinctions entre les deux et donc donner les mêmes droits aux uns comme aux autres. Ce principe d’égalité est éminemment une idée de gauche.

En conclusion, la chasse, dont l’essence même est la liberté d’aller et venir et de disposer de son territoire, est donc plutôt une idée de droite. Or, désormais observée, suivie et réglementée, n’aurait-elle pas tendance à basculer à gauche ?

Chasse de gauche ?

Pour le socialiste François Patriat, il y a 20 ans, à la campagne, la chasse ne posait pas de problème politique. C’était une passion qui unissait tout le monde. Pour lui, la politisation de la chasse apparaît en 1989 avec le mouvement CPNT qui réalise un score remarquable en unissant chasseurs, pêcheurs et ruraux. Désormais, pour lui, la chasse est à droite. La chasse populaire, celle du samedi et du dimanche, celle des ouvriers, était de gauche. Mais désormais, la classe ouvrière ne vote plus à gauche ! Ensuite, la chasse s’identifie à la ruralité et la ruralité vote à droite. Enfin, à l’Assemblée Nationale, la chasse est mieux défendue par la droite, la gauche étant empêtrée dans ses alliances avec les écologistes.

Retrouvez l’intégralité des débats dans la revue « Le Saint-Hubert » n° 97 (septembre-octobre 2011), à commander auprès du secrétariat du SHCF au prix de 6 euros (frais de port inclus).

 

Eric Maulin : La chasse, le tragique et la mort

Eric Maulin, professeur à l’Université de Strasbourg,  se penche sur la place du sauvage dans notre société.

Les débats sur la chasse sont sans doute aussi anciens que sa pratique. Mais aujourd’hui, la chasse est contestée dans son principe même. Elle n’est plus sommée de justifier de son utilité ou de sa légitimité, mais elle est condamnée au nom du droit des animaux par les représentants autoproclamés du peuple sans parole. Puisant leur racine dans la crise même de l’humanisme, c’est-à-dire la remise en question du statut de l’homme dans la nature, ils s’alimentent des conceptions philosophiques les plus élaborées de l’antispécisme, qui nient la barrière ontologique et politique entre l’homme et l’animal et jouent d’une analogie spécieuse entre le combat pour l’égalité des races ou pour l’égalité des sexes et le combat pour l’égalité animale. Cette attaque, en profondeur, de la légitimité même de la chasse, oblige aujourd’hui à essayer d’en repenser la signification anthropologique. Quelle signification a la chasse dans la constitution de ce qui fait l’humanité même de l’homme ?

Aussi loin que l’on regarde dans les cultures du passé, la chasse est omniprésente. L’homme est un chasseur avant même d’être un homme en ce sens que c’est le chasseur qui est devenu homme et non pas l’homme qui est devenu chasseur. En devenant homme, pourtant, le chasseur n’a pas perdu ses caractéristiques élémentaires, même si la signification fondamentale de la chasse a évolué : l’homme ne chasse plus seulement pour vivre, mais pour régner.

Dans de nombreuses  mythologies, les héros sont aussi des chasseurs.  Or, fait remarquable à l’heure où la chasse est facilement associée à la barbarie, beaucoup de leurs exploits de chasse sont en lien avec l’établissement de la cité et de la civilisation. La chasse y apparait comme un passage de la nature à la culture, elle métabolise la nature en culture, elle donne forme à l’informe. Puis, le modèle héroïque de la chasse inspire les grands monarques de l’Antiquité. Les grands rois mèdes et perses avaient déjà leurs paradis, gigantesques réserves de chasse dans lesquelles le roi pouvait donner la mesure de son talent de pacificateur. Hadrien fait bâtir la ville d’Hadrianutherae  sur le lieu même d’une chasse à l’ours. Le précepteur Julius Pollux enseigne même au futur empereur Commode : « Et maintenant, il faut t’intéresser à la chasse parce que cette activité a quelque chose d’héroïque et de royal. Elle fortifie en même temps le corps et l’âme car elle est un exercice d’endurance en temps de paix et de hardiesse en temps de guerre ; elle développe le corps, l’habitue à être robuste à pied comme à cheval, impérieux et résistant si l’on veut s’emparer par force de ce qui résiste, par rapidité de ce qui fuit, par la chevauché ce qui détale, par le savoir ce qui est intelligent, par la réflexion ce qui est sage, par la patience ce qui est caché ; elle permet de veiller la nuit et d’être actif le jour ».

L’intégration dans la communauté des égaux

Dans de nombreuses civilisations ou de nombreuses cultures, le jeune homme doit accomplir un exploit de chasse, vaincre un ours ou un loup, pour être initié par le sang et admis dans la communauté des combattants. Dans Les lois, Platon décrit la cryptie, à Sparte. Au seuil de leur entrée dans la communauté des choisis, les jeunes hommes les plus prometteurs de la cité sont invités à vivre à l’état sauvage durant une année. Chassés de la cité, ils ne doivent plus être vus de personne et se débrouillent seuls pour survivre. Comme des loups, ils vivent de chasse et de diverses rapines. Au terme de cette épreuve, ils peuvent rejoindre la communauté et sont versés dans les corps les plus prestigieux de la défense de la cité. L’ensauvagement a révélé à eux même, ainsi qu’à la communauté, la force qui en fait à présent les égaux des meilleurs.

 

Laurent Ozon

« Je ne suis pas opposant à la chasse, que je ne pratique pas. Je suis convaincu, en revanche, que les relations entre l’écologie et les chasseurs ne sont pas réductibles à de simples questions de gestion. À mon avis, cette vision « gestionnaire » de la chasse est un piège dans lequel les chasseurs ne doivent pas se laisser enfermer. Ainsi, s’il revendique sa pratique comme relevant de « l’écologie », le chasseur se retrouve à dire beaucoup plus que la simple description de ce qu’il fait. Il se retrouve d’une certaine façon sur le terrain de « l’adversaire ».

Le mot écologie a longtemps été un « contenant ». Un mot utilisé par des gens très différents pour exprimer des réalités très différentes. Ce mot a été utilisé pour la première fois en 1866 par le biologiste Ernst Haeckel qui le définit comme « la science des relations des organismes avec le monde environnant ». C’est le biologiste Arthur Tansley qui, en 1935, créera la notion d’écosystème. Sur ces bases, l’écologie est une science qui va se développer rapidement, et ces scientifiques seront les premiers à constater les impacts des activités humaines sur les espèces vivantes.  Ainsi donc, les écologistes ont créé très vite des concepts : celui d’écosystème n’étant pas le moindre. Et les concepts sont des outils importants.

Forger et utiliser ses propres concepts

D’une façon générale, quand vous êtes contraint d’utiliser les mots de l’adversaire, vous vous mettez en situation défavorable. Le choix des mots est extrêmement important. Et c’est toute la force de l’écologie que d’avoir produit des concepts très forts.

Le mot de « biodiversité » est utilisé à longueur de journées. Pour les scientifiques, qui parlent plus volontiers de biocomplexité, ce mot ne veut rien dire. Il a surtout un rôle politique. Dès les années cinquante, l’ouvrage de Rachel Louise Carson, « Printemps silencieux », annonçait un futur proche où le printemps ne verrait plus d’animaux. Ceci a touché tout le monde, et a fait progressivement entrer l’écologie dans la sphère politique : la nécessité de faire quelque chose, de réagir. Aujourd’hui l’écologie n’est plus seulement scientifique, c’est d’abord un ensemble où l’on trouve des mouvements associatifs très nombreux et des mouvements politiques. On entend beaucoup plus souvent parler des seconds que des premiers. Il y a en fait dix militants naturalistes pour un militant politique. Ces deux milieux ne se fréquentent pas, ne s’apprécient pas et font très peu de choses ensemble.

Défendre ses vraies valeurs

Nous, partisans de l’écologie profonde, pensons que la Nature restera notre maître du monde. Nous sommes attentifs à la préservation des endroits sauvages, où la vie reprend son cours. Nous connaissons la nature suffisamment bien pour prétendre qu’il n’y a pas de solutions dans une approche « gestionnaire » de la nature. C’est d’ailleurs ce sur quoi je souhaiterais attirer l’attention des chasseurs. Je note l’évolution d’un discours d’auto-défense de la chasse utilisé par les chasseurs vers un discours « gestionnaire ». Pour éviter de parler de la mort, on note une évolution vers ce discours utilitariste. La chasse est bonne parce qu’utile à une saine gestion de la nature. Quand il ne restera plus qu’un discours d’utilité pour légitimer votre passion, vous vous transformerez en fonctionnaires. Vous aurez perdu tout ce qui fait la beauté de votre passion. »