Chasse, Usages et Usagers des Territoires Ruraux (Novembre 2011)

Le 3 novembre 2011, le Saint-Hubert  Club de France et ses partenaires (Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage,  Fédération Nationale des Chasseurs, Céréaliers de France, GDF-SUEZ)  ont organisé un premier colloque intitulé « Chasse, Usages et  Usagers des Territoires Ruraux ».

Ce fut l’occasion de rassembler toutes les parties prenantes des territoires ruraux y compris les opposants à la chasse et de construire un véritable exercice de réflexion pour résoudre et prévenir les conflits d’usages qui, ici et là, nuisent aux bonnes relations entre les usagers de nature.

Se réapproprier la ruralité

Diffuses,  les valeurs de la nouvelle ruralité ont éclaté au grand jour lors de ce colloque. Bien différentes des notions de travail et d’usage d’autrefois, elles penchent singulièrement vers le loisir et la quiétude.

Cette évolution des valeurs rurales n’est certes pas nouvelle. Mais, c’est un processus long et discret qui a tranquillement fait son chemin au cours des 30 dernières années. En mettant bout à bout les décisions de justice favorables aux nouveaux arrivants excédés par les nuisances de la vie rurale, les conflits d’usage avec les chasseurs, les agriculteurs et les forestiers provoqués par des promeneurs ou des cueilleurs sans vergogne, le morcellement des espaces ruraux et leur diminution, il apparait nécessaire et urgent de repenser l’organisation de la nature en fonction des usages appropriatifs (propriété privée, forêt, agriculture, chasse…) et des usagers non appropriatifs (promeneurs, cueilleurs, sportifs…). Au sein de cette redéfinition, la faune sauvage, dont fait partie le gibier, doit être considéré comme un bien commun sur lequel, certes, les chasseurs ont un droit privilégié -celui de prélever- mais sur lequel les autres usagers appropriatifs et non appropriatifs ont aussi leur mot à dire. Si les chasseurs, contributeurs bénévoles à la protection de la nature et de la biodiversité, reconnaissent l’existence de droits légitimes des  usagers non appropriatifs (droit de profiter des espaces ruraux, droit de regard sur l’état de la nature), ils estiment que ce partage ne pas se faire par un découpage (pas de jour où la chasse est interdite).

Quelles sont les voies de cette prévention ?

Pour les chasseurs, il s’agit de faire respecter, par les autres usagers, la pratique de leur passion et les contraintes qui y sont inhérentes (chiens, détonation, prélèvement). D’autant que leur pratique est par définition limitée dans le temps. Cela implique pour les uns et pour les autres de développer des approches communes sur des projets, d’apprécier les apports de chacun à leur juste valeur, de créer des outils d’expertise acceptés par tous. Enfin, chaque fois que possible, il convient de privilégier une approche de type contractuel, au plus proche du terrain et portant sur des enjeux concrets. Tout cela existe déjà, il s’agit donc de continuer ce qui a déjà été entrepris. A savoir, pour le chasseur individuel, de s’ouvrir aux pratiques des agriculteurs et des forestiers des territoires sur lequel il chasse, d’entamer le dialogue avec eux, de s’entraîner à parler de la chasse sous l’angle des apports économiques et écologiques, de réfléchir avec sa société ou son association aux besoins en termes de terrains de chasse et aux moyens de les maintenir, d’informer l’usager qui passe lors d’une battue et de participer à toutes les discussions sur le projet pour sa commune. Pour les groupes de chasseurs au sein d’une société, d’une association ou d’une fédération, il est nécessaire de continuer à établir des documents permettant de donner les chiffres de la participation des chasseurs aux services écologiques et économiques, de définir la notion de protection et de nature à l’échelle de leur territoire et de participer aux instances de discussion sur la protection de la nature.

Notre atout, la sociabilité

Il est un atout que les chasseurs, de par leur histoire, leurs traditions et leur enracinement rural, doivent encore et toujours mettre en valeur : la sociabilité. En hiver, dans nombre de villages, les chasseurs sont les seuls à créer du lien, à animer les campagnes. Rendez-vous de chasse, déjeuner, fêtes, la chasse est toujours et doit rester synonyme de convivialité et de partage. En restant maître de cette sociabilité villageoise, la chasse a entre ses mains le meilleur outil de prévention des conflits. En dehors des contrats et des bases chiffrées des revendications, c’est par la connaissance personnelle d’un chasseur que les populations peuvent s’ouvrir à cette activité. Connaître celui ou celle qui tire les coups de feu peut permettre à ces néo-ruraux de se sentir moins menacés et d’être plus en confiance. Alors oui, faire des diners de chasse, partager la venaison, emmener ses voisins assister aux comptages des lièvres ou des perdrix, planter une haie ensemble et aider les enfants à reconnaître les traces des animaux sont des gestes simples qui permettent de mieux se connaître, de s’apprécier et donc de ses respecter.