Jadis le saint hubert : Chasse et braconnage

Pour inaugurer cette section du site, j’ai décidé de revenir aux plus anciennes racines du SHCF en partageant avec vous un article sur le braconnage, grand combat du Saint-Hubert Club de France et l’une des principales raisons de sa création. Les commentaires sont ouverts dans cette section, alors n’hésitez pas à réagir !

L’article que je vous transmets est extrait du premier numéro de la revue, alors intitulée Bulletin mensuel du Saint-Hubert Club de France (consultable au siège du SHCF). Il date du premier Novembre 1902. Ceci est un voyage dans le temps ; je laisse la parole à monsieur F. Adam, rédacteur en cette aube d’un XXe siècle qui a changé le paysage cynégétique de la France.

« Chassons-nous mieux que nos pères ? Nous ne le croyons pas ; le contraire, même, semble plus vraisemblable ; ceci tient aux conditions de la vie moderne qui ont fait déserter les campagnes à ceux que leur fortune mettait en excellente posture pour pratiquer et perfectionner  l’art cynégétique.

Si, de ce côte, nous sommes inférieurs à nos aînés, par contre notre outillage a subi de notables perfectionnements. Les fusils modernes, sortant de bonnes maisons, sont des merveilles de légèreté, d’équilibre, de solidité, de puissance. Les races de chiens, enfin sélectionnées avec méthode, fournissent des sujets hors ligne. L’élevage, pratiqué scientifiquement et à grands frais, permet de lâcher, sur certains points du territoire, d’énormes quantités de gibier dont les terrains voisins profitent peu ou prou. Malheureusement la science, secourable aux chasseurs, n’a pas refusé son aide aux braconniers dont l’audace et les moyens d’action deviennent de jour en jour plus formidables.

En vérité, je vous le dis, si l’on n’y met bon ordre, nous en serons réduits, avant cinq ans, à regretter le braconnier classique et pas toujours dangereux posant ses collets dans les passes et furetant au clair de lune.

La pantière, le traîneau sont toujours en usage, mais, comme nos fusils, ont reçu de nombreux perfectionnements. Au lieu de fil de chanvre trop visible et trop lourd, les filets modernes sont faits de fil de soie ; leurs dimensions ont été accrues, cependant ils se manoeuvrent plus facilement que les anciens outils ; de plus, tenant moins de place, ils se dissimulent plus aisément. Ces engins coûtent cher, mais qu’importe aux « bracos modern-style », ils travaillent pour le compte de gros marchands qui fournissent, au besoin remplacent le matériel ; on partage le produit du butin et voilà tout.

Messieurs les braconniers ont même leurs autos et l’un de nos amis nous contait, dernièrement, comment sa plaine avait été nettoyée en une nuit par dix bracos venus en deux automobiles. Le garde les vit opérer, mais, seul dans la nuit, n’osa pas mettre la main au collet de l’un d’eux et se contenta d’observer si, parmi les bandits, ne se trouvait pas quelqu’un du pays. Les malfaiteurs étaient tellement sûrs de l’impunité que les autos n’avaient  pas même éteint leurs lanternes-phares.

Sous peine de voir disparaître, à bref délai, tout gibier de notre pays, la lutte contre le braconnage doit être entreprise sur un plan nouveau et plus rationnel que les méthodes employées jusqu’ici.

Déjà les grands propriétaires, las d’exposer la vie de leurs gardes à la poursuite et la prise de braconniers vingt fois condamnés et envers lesquels les tribunaux continuent à faire preuve d’une indulgence inexplicable, ont donné l’ordre à leurs hommes de lever les collets aussitôt découverts pour ne verbaliser qu’en cas de prise en flagrant délit ; mais ceci n’est qu’un palliatif, il faut frapper ailleurs, à la tête et à la caisse, comme toujours.

Pour ceci, il faut rechercher et punir rigoureusement les fabricants et détenteurs d’engins prohibés et, par-dessus tout, arriver à supprimer la vente, le colportage et le recélage du gibier en temps prohibé. Ce résultat obtenu, le braconnage aura vécu, car les bracos s’empresseront d’abandonner un métier devenu presque improductif.

Malheureusement trop de gens vivent, directement ou non, du braconnage pour qu’il soit possible à des particuliers, à de petites sociétés sans lien commun, de le combattre avec succès ; il fallait une puissante organisation ayant son siège à Paris, des délégués dans toute la France et tirant sa force du nombre et du recrutement démocratique de ses adhérents, car seul un important et solide groupement d’électeurs pourra secouer l’apathie des pouvoirs publics et les contraindre d’agir. C’est là le but que poursuivra avec acharnement le S.H.C.F. »